Wed 18 Mar 2026
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Question de croire

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Question de croire


Est-ce que l’Église a un avenir?
 
En regardant les statistiques, plusieurs se demandent s’il y a un avenir pour l’Église en Occident. Notre désir de s’accrocher à notre passé peut nous empêcher de nous projeter vers l’avant.
Dans cet épisode, Joan et Stéphane reçoivent la modératrice de l’Église Unie du Canada, la pasteure Kimberly Heath. Ensemble, il et elles réfléchissent sur la définition du mot Église et nous invitent à embrasser le fait d’être petit.

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* Photo de Ingmar Noltem unsplash.com. Utilisée avec permission.

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Transcription:
Stéphane
Bienvenue à Question de croire, un podcast qui s\'intéresse à la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine :       Est-ce que l\'Église a un avenir?
 
Joan
Bonjour!
 
Stéphane
Bonjour, Joan. Bonjour à tout le monde qui nous écoute.
 
Notre invitée d\'honneur, la pasteure Kimberly Heath, modératrice de l\'Église Unie du Canada
Si je peux me permettre, aujourd\'hui, nous avons une invitée d\'honneur. C’est merveilleux qu\'elle ait pu se libérer. Nous avons la modératrice de l\'Église Unie du Canada, la leader spirituelle. Nous avons la pasteur Kimberly Heath.
Est-ce que tu pourrais te présenter un peu plus, s\'il te plaît?
 
Joan
Bienvenue Kimberly!
 
Kimberly
Oui, bonjour. Merci tout le monde. Je suis très contente d\'être ici. Je suis la modératrice de l\'Église Unie du Canada depuis le mois d’août 2025.
Et avant cela, j\'étais une pasteure dans l\'Église pendant 26 ans. Alors, ma vie, c\'est vraiment une vie d’être dans l\'Église et d\'être pasteure.
Je suis très contente d\'être avec vous aujourd\'hui.
 
Peut-on parler d’avenir dans l\'Église quand on est jeune?
Joan
Ça, c\'est vraiment un bel itinéraire de vie, Kimberley, et du coup ça me permet d\'enchaîner pour débuter avec cette question :
À partir de quand est-ce qu\'on arrête de nous dire qu\'on est jeune dans l\'Église?
Parce que là, quand on réfléchit à « est-ce que l\'Église a un avenir », ça me fait penser à cette expression terrible qui est l\'Église de demain, l\'Église d\'aujourd\'hui et du coup je me dis, encore aujourd\'hui, il m\'arrive d\'être dans des réunions d\'Église, de donner un avis.
Ça fait à peu près 20 ans que j\'œuvre dans l\'Église, c\'est mon septième ministère. Et des fois on me dit, oui, mais tu es si jeune, ou moi aussi quand j\'étais jeune, je pensais comme ça.
Donc je me dis, alors du coup, finalement, est-ce que je suis légitime pour parler de l\'avenir de l\'Église, parce que, semblerait-il, je suis encore si jeune ?
 
Stéphane
Je te comprends totalement. Pendant longtemps, j\'ai appartenu au groupe des jeunes dans l’Église, même si j\'avais dépassé le cap des 40 ans. Et je pense que ça en dit beaucoup sur cette perception.
Il y a aussi des questions de génération qui appelle à certaine vision d’Église. Lorsqu\'on parle du futur de l’Église, est-ce qu\'on parle du passé qui se continue? Est-ce qu\'on parle du futur?
C\'est une très bonne question.
 
Kimberly
Moi aussi, je remarque que les gens pensent que je suis jeune, mais en effet, je suis vraiment d’âge moyen. Non, c\'est vrai.
La majorité des gens qui assistent à des cultes le dimanche sont plus âgés. Et alors, ça change la perception de l\'avenir.
On regarde et on dit : Qui va être là les dimanches matin dans dix ans, dans quarante ans? On n\'est pas tellement optimiste.
 
La tentation de demeurer dans le passé
Stéphane
Ça me fait penser que beaucoup de paroisses fonctionnent comme si nous étions en 1987. Et lorsque 1987 va revenir, ces paroisses vont être totalement prêtes. Elles vont être performantes.
Le petit problème c\'est que 1987 ne reviendra jamais.
Je comprends que des gens veulent une certaine stabilité dans leur vie.
Toute la semaine, on est tiraillés. On veut quelque chose de confortable un dimanche matin ou un mardi soir.
Mais, en même temps, s\'extirper du monde actuel, il y a comme une déconnexion.
Et après, on se demande pourquoi les jeunes ne veulent pas venir dans nos paroisses si on est complètement déconnecté du monde actuel. Ça commence à être difficile de planifier un avenir.
Ça commence à être difficile de se projeter vers l\'avant.
 
L\'Église doit être beaucoup plus que le dimanche matin
Kimberly
Non, je pense que quand le monde, et même le monde de l\'Église, pensent à c\'est quoi l\'Église, ils pensent à cette heure, une heure du dimanche matin à 10 heures où on chante 3 hymnes et on s\'assoit sur des bancs.
Et si c\'est ça l\'Église, on a un problème. Je pense que l\'Église est beaucoup plus grande que cette petite heure de culte. C\'est important, mais ce n’est pas tout.
Mais je pense que pour beaucoup du monde, même le monde de l\'Église, c\'est tout ce qu\'ils pensent.
Je pense qu\'on a besoin d\'une plus grande imagination pour penser c\'est quoi l\'Église.
 
L\'Église de l’avenir permettra de faire de belles rencontres.
Joan
Je suis heureuse de vous entendre dire ça, parce que c\'est vrai que j\'ai des moments de jubilation dans mon ministère en migration, avec un petit bout de précarité. J\'ai un petit pourcentage en précarité, parce qu\'environ une fois par mois, je forme un binôme avec l\'un de mes collègues.
Et on va chercher une espèce de... C\'est assez marrant comme truc… une espèce de vieux camping-car. On va le chercher devant l\'Église. On a toujours du mal à le sortir.
Et on s\'en va sur la place de la gare à Yverdon, on installe notre camping-car là.
On sort s’il ne pleut pas, s\'il ne neige pas. Bon, on est en Suisse. Donc tout est possible. Vous connaissez bien ça au Canada.
On sort nos petites tables, nos petites chaises. On allume nos petites loupiottes. On fait bouillir de l’eau. On est là.
On ne sait jamais ce qui va se passer. Il se passe toujours des trucs improbables, dingues, des rencontres, des fois des bagarres, mais voilà, il se passe des choses.
C\'est marrant parce que l\'autre fois, mon collègue qui est un aumônier très, très fortiche, qui avant était pasteur évangélique, qui a fait tout un parcours dans sa vie pour rejoindre l\'Église et qui a été aussi envoyé en mission, quelque part en Afrique, l\'autre fois il y a un monsieur qui passe et qui dit : mais vous faites quoi là au juste?
Alors mon collègue lui dit: asseyez-vous avec nous pour boire quelque chose de chaud et puis on discute. Et au bout de cinq minutes, l’homme lui dit, mais vous faites quoi au juste ?
Il dit: une autre fois, quelqu\'un m\'a posé cette question et on a discuté. Au bout de deux heures, la personne m\'a dit, vous n\'avez toujours pas répondu à ma question. Alors l’aumônier lui a dit: ben en fait, voilà, c\'est ce qu\'on fait. On ne répond pas aux questions, mais on parle avec les gens.
Du coup, j\'ai trouvé ça génial parce que c\'est une façon de faire Église qui est complètement décalée. Comme tu l\'as très bien dit, Kimberly, qui ne répond en fait à aucun critère; s’asseoir sur un banc en chantant, enfin, quoiqu\'on soit assis sur des petites chaises, on peut chanter aussi des chants, mais ce sera d\'autres types de chants.
Et en même temps, j\'ai tout à fait l\'impression de faire Église.
Je jubile beaucoup quand je vis ces moments-là. C\'est vrai que je rentre chez moi à minuit et j\'ai toujours peur d\'avoir attrapé des germes, des trucs. Je suis humaine, j\'ai mes petites inquiétudes. Mais c\'est incroyable combien j\'ai l\'impression d\'avoir accompli quelque chose de profondément évangélique.
Alors est-ce que l\'Église d\'aujourd\'hui, au lieu de dire l\'Église de demain finalement, pourrait un peu plus s\'incarner dans des actions comme celle-là? Moi j\'aimerais bien en fait.
 
Accueillir l\'avenir avec confiance
Stéphane
Un des grands problèmes lorsqu\'il y a des discussions sur l\'avenir de l\'Église, c’est la volonté de vouloir conserver ce qu\'on a absolument : le modèle traditionnel que j\'appelle une paroisse, un pasteur, un bâtiment.
On a tellement peur que… J\'utilise l’image d\'un vieux western lorsque la caravane est attaquée. On forme le cercle et on essaie de se protéger à tout prix.
Il ne pas faut pas que telle paroisse ferme. Il ne faut pas vendre tel bâtiment. Il ne faut pas que cette paroisse n\'ait pas de pasteur ou de diacre, au lieu de dire, comme vous le dites toutes les deux, c\'est quoi l\'Église ?
J’ai participé à un projet pour le centenaire de l\'Église Unie du Canada et on m\'a posé la question, est-ce que l\'Église Unie existera pour un autre cent ans?
Et j\'ai répondu très honnêtement, je ne le sais pas, mais je sais et j\'ai la conviction que l\'Église de Dieu existera.
Sous quelle forme? Comment? Je ne peux pas le dire, mais on est dans un mouvement de transformation. À trop vouloir préserver absolument tout ce qu\'on a, on risque de perdre plus que ce qu’on devrait perdre.
 
Laisser le passé être le passé pour faire place à l’avenir
Kimberly
Je suis vraiment d’accord avec toi, Stéphane.
C\'est un moment de transformation. Pour se faire transformer, il faut mourir un petit peu. Il faut laisser le passé être le passé. Il faut être ouvert à quelque chose de nouveau qui s\'en vient.
Et c\'est difficile de lâcher des choses qui semblent sacrées, qui semblent importantes pour nous autres. C\'est difficile, mais si on s’accroche fort à ces choses, c\'est là où ça risque de mourir.
La chose la plus importante, à mon avis, c\'est l\'esprit de Dieu, c\'est l’amour, c\'est la relation entre Dieu et nous autres, entre les personnes, entre les personnes et la Création.
 
Écouter les plus jeunes pour embrasser l\'avenir
Joan
C’est vrai que parfois, j\'éprouve un peu de la frustration. Je réfléchis à nos Églises. C’est la troisième Église dans laquelle je sers, presque la quatrième on peut dire puisque j\'ai servi aussi dans des services missionnaires.
Et je me dis, il y a 30 ans, j\'avais des idées de mon âge. Il y a 30 ans, j\'avais 15 ans. J\'avais des idées pour l\'Église de 1996.
Mais personne ne voulait en entendre parler… enfin personne… deux trois personnes, mon aumônière par exemple au lycée. Elle s\'intéressait un peu… l\'une ou l\'autre personne.
Mais, dans l\'Église en général, on ne voulait pas parler de féminisme, on ne voulait pas parler d\'inclusivité, on ne voulait pas parler de diversité interculturelle, que ce soit en Alsace luthérienne ou ici, dans le canton réformé vaudois, en Suisse. Chacun pensait que son Église allait rester 100 % ou luthérienne ou réformée.
On était heureux dans notre ethnie sans vouloir prendre en compte les chamboulements.
Et maintenant, la solution qu\'on a trouvée, c\'est de créer des chaires de théologie interculturelle. Maintenant, si c\'est pour faire des colloques, à se retrouver à 18 et à dire que ce serait très, très bien de mettre un peu de tam-tam au culte, moi je ne vois pas vraiment une volonté de s\'adapter. Je vois juste des gestes politiques pour dire qu’on fait quelque chose. On enseigne un peu de théologie interculturelle, on fait un colloque.
C’était flagrant il y a 10, 15 ans, lorsqu’on a eu cet énorme débat. Vous aviez peut-être vu ça un peu à la télé. En France, tout monde s\'est déchiré autour de la bénédiction des couples de même genre. Les Églises françaises et suisses n\'ont pas brillé par leur attention à ces minorités.
J’ai l\'impression tout simplement que ce que j\'entendais beaucoup il a 15 ans, c\'était: l\'Église est éternelle, la parole de Dieu est éternelle. Ce n\'est pas le monde contemporain qui va nous dicter les choses.
Et alors nos contemporains ont compris, mais 5 sur 5, ce discours; c\'est-à-dire, ils ont bien, bien compris le message. On ne s\'intéresse pas aux réalités de nos contemporains. Nous, on est l\'Église, on est éternel, on est intemporel.
Les contemporains ont un certain nombre de soucis. Je vais prêcher pour ma propre crèmerie. Mais les migrants, écoutez, ma foi, la migration, ça fait partie de la vie, patati, patata. J\'entends tout le temps des discours comme ça.
En fait, c\'est une façon de dire aux contemporains, ce que vous vivez, ça ne nous concerne pas trop. Et ça commence de plus en plus à me heurter intérieurement.
Je me dis que si nos Églises ne sont pas au service du monde, du coup, on oublie complètement qu\'on est dans une Missio Dei.
On est envoyé par Dieu pour le monde. On n\'est pas envoyé pour s\'auto-suffire en quelque sorte.
 
Un avenir différent de celui qui était prévu
Stéphane
Dans l’Église Unie du Canada, on a un plan stratégique. Lorsqu\'on a commencé à parler de ça, la première chose que j\'ai entendue c\'est qu\'on va créer 100 nouvelles communautés de foi dans les prochaines années.
Je me suis dit, mais ils sont fous, ils sont complètement tombés sur la tête.
Tranquillement, on commence à le voir. Mais, ce que plusieurs n\'ont pas pu voir venir, c\'est que ces paroisses sont composées de personnes de communautés migrantes, de personnes qui viennent d\'Asie, d\'Afrique. Ce n\'est pas l\'Église blanche à laquelle nous étions habitués.
Ces gens arrivent avec leurs cantiques, avec leurs prières, leur théologie, leur façon de voir les choses, et c\'est normal. Ils arrivent avec leur foi.
Mais il y a un malaise à plusieurs endroits. J\'ai rencontré un pasteur qui partageait les locaux avec une autre paroisse, caucasienne, va appeler ça de même.
Les gens se plaignaient en disant, vous êtes un peu trop bruyants; vous chantez fort; il a beaucoup d\'enfants qui courent partout dans le temple. Au lieu de célébrer : on a des enfants dans le temple. Dans notre paroisse, on n\'a plus d\'enfants, mais là il a des enfants. Nous, c\'est peut-être un peu mollo, mais eux, ils ont de la vigueur, ils ont de la vie. Non, il y a quelque chose qui accroche.
C\'est peut-être ça, un des grands défis dans nos Églises occidentales. Oui, il y a un avenir, mais l\'avenir va être différent. Est-ce qu\'on est prêt à mettre un peu de côté nos préférences pour embarquer dans le grand plan de Dieu?
Je comprends. Ce n’est pas facile si pendant 70 ans on a célébré le culte de la même façon et là, whoops, c\'est différent. Je comprends, c\'est une grosse bouchée, mais je pense qu’on est appelés à cette humilité.
 
Une croissance inspirée par l\'Esprit saint
Kimberly
C\'est vrai, Stéphane. Ça fait quelques semaines que j\'étais dans une Église à Ottawa qui est aussi en train de vivre cette transformation. Il y a quelques personnes qui sont venues, des migrants, qui sont des réfugiés LGBTQ. Cette Église leur a donné une place pour se réunir et ça continue à grandir. Ils s\'appellent « God\'s Beloved. »
Cette communauté est dans d\'une Église traditionnelle, elle s’agrandit au point où il a des personnes qui se disent « OK, c\'est assez, c\'est assez, là »
Ça fait quelques semaines, ils ont reçu 105 nouveaux membres dans l\'Église. Il y en avait beaucoup plus en avant qui devenaient membres qu\'il n’y avait de membres traditionnels qui étaient restés assis.
Donc, c\'est une croissance très grande, très rapide. Bien sûr, ce n\'est pas facile parce que c\'est un changement de culture rapide. Ils ont le don de voir que c\'est quelque chose de bon, c\'est quelque chose de Dieu, que c\'est l\'Esprit saint. Il y a un vent nouveau dans l\'Église et il faut le suivre; il faut être ouvert à ce qui se passe.
On a toujours un choix, on peut dire oui à l\'avenir, on peut dire non, on est correct comme on est.
Je vois beaucoup d’Églises qui choisissent le bâtiment. Ils ont sauvé le bâtiment. Ils mettent l\'argent dans le bâtiment. C\'est un beau bâtiment. Le bâtiment va continuer.
Mais le ministère n’est pas là. Encore, c\'est difficile.
Mais quand même, je crois vraiment que Dieu fait toujours des choses neuves. Il faut être ouvert à l\'esprit pour les suivre, pour les prendre, pour voir le don comme il est.
 
La difficulté de concilier avenir et traditions
Joan
J\'aime bien cette notion d\'être ouverts aux choses nouvelles. J\'ai participé comme discutante à une table ronde sur le dernier bouquin de Pierre Giselle qui est un systématicien assez connu en Suisse du côté francophone, livre qui s\'appelle Ritualité Mutante. En fait, il s’agit d’un petit Reader\'s Digest de plein de ses bouquins sur la ritualité, les sacrements, etc.
Il a essayé à chaque fois de réfléchir un peu ses convictions à lui systématicien en regard avec ce que lui, depuis sa posture 75, 80 ans, homme blanc, très privilégié, très académique, pas du tout pasteur de terrain. Je crois qu\'il a juste fait ses stages pastoraux, donc ça devait être à un moment dans un autre contexte.
Il rajoute un petit peu dans son bouquin ce que lui perçoit et saisit des ritualités contemporaines.
Et il souligne l\'importance de développer des offres rituelles autres, adaptées à nos contemporains.
En même temps, il nous rend attentifs et attentives au fait d\'éviter l\'écueil d\'une forme d\'hyper-focalisation symbolique sur les rites un peu similaires ou proches de ceux de la Bible. Par exemple, il mitraille le baptême au bord du lac. Lui trouve qu’on essaie de faire comme du Jésus ou du biblique.
J’ai vraiment lu ce bouquin, j\'ai vraiment discuté, j\'ai vraiment essayé de comprendre. Ce qu\'il nous dit, c\'est qu\'il faut rester fidèle à l\'existant pour ne pas créer de l\'hybride vide de sens, tout en faisant des rituels autres et nouveaux pour les contemporains.
Lors de la table ronde, je lui ai demandé qui était ce fameux ou cette fameuse pasteure aux multiples pouvoirs et surtout qui allait pouvoir former ce pasteur qui à la fois maîtrise très bien tout ce qui est de l\'ordre de la ritualité classique et qui reste institutionnalisé pour permettre une transmission. C\'est très important pour Pierre Gisèle, en même temps arriver à créer des rituels, des passerelles autres, différentes tout en ne rentrant pas dans une forme de ritualité focalisant sur du pseudo-biblique. Ça m\'a semblé être une personne formidable, géniale, mais je ne pas qui c\'est.
J’ai un peu l\'impression qu\'on est tout le temps dans des injonctions contradictoires, c’est à dire, ouais, ça serait super. Et je suis pour, vous pensez bien, intégrer les migrants LGBT tout en gardant nos anciens et d\'anciennes qui veulent que ce soit comme ça.
Mais, en même temps, il faut que ça tourne financièrement. Et aussi, ce serait très bien de financer de nouvelles missions. On ne sait pas en fait, c\'est compliqué. En fait, on a plein de collègues en burnout, on ne s\'en sort pas.
On est au plein milieu de toutes ces injonctions et ça fait du bien d\'en parler; mais surtout, à un moment donné, il va falloir qu\'on fasse des choix. On ne peut pas réussir à partir dans tous les sens.
 
Se réapproprier l\'idée d\'être plus petit
Stéphane
C\'est vrai qu\'on a l\'impression qu\'on doit tout faire pour tout le monde. Et aussi, on a cette impression que les paroisses ou les groupes les plus gros, les plus riches ou qui ont la meilleure technologie vont survivre à la transformation actuelle. Moi je n\'y crois pas.
Je suis un grand adepte de la sélection naturelle. C\'est ceux et celles qui vont être capables de s\'adapter au monde actuel qui vont survivre.
Je dois avouer bien honnêtement, lorsque Kimberly a préparé des vidéos lorsqu\'il y avait l\'élection pour le prochain modérateur, la prochaine modératrice, j\'étais la personne qui travaillait à la traduction. Et lorsque j\'ai entendu Kimberly parler de cette idée d\'une grosse paroisse, c\'est un peu pour nous un relent du patriarcat, un relent d\'un modèle colonial, ça m’a rejoint beaucoup.
Tu disais qu’il faut embrasser ce qu\'on est. Si on est une petite communauté, on fait ce que fait une petite communauté, sans nécessairement rejeter les grosses communautés. Je te mets un peu sur le gril, mais peux-tu nous en parler un peu plus, parce que moi, j\'ai adoré cette idée-là.
 
Kimberly
Le message que je vois quand je lis la Bible, c\'est que Dieu aime les choses qui sont petites. Il ne veut pas être grand. Je pense qu\'il faut quasiment retourner à l\'Église du début.
L\'Église du début, ça commençait pas mal petit, hein? Jésus avait 12 disciples pour le suivre. Et ça a grandi petit à petit. Mais si on parle d’histoires comme les petites graines de moutarde, ce sont toujours des petites choses.
Je crois que parfois l\'Église pense que ça doit être grand, que ça doit être puissant, qu’elle doit parler toujours au gouvernement, dans les centres commerciaux. Et si ce n’est pas grand, ça ne vaut rien.
Mais je ne pense pas que ce soit vrai. Quand on “surrender”… on abandonne un petit peu d\'être grand pour être petit, on réalise que ce n’est pas mal d’être petit. On peut faire de grandes choses avec des moyens différents.
L\'appel pour moi, c\'est très important. Je crois vraiment que Dieu a un appel pour chaque individu et pour chaque Église. Il ne faut pas être tout, mais il faut écouter l\'appel et le suivre courageusement.
Je pense que l\'Église Unie a une grande identité. C\'est la plus grande Église protestante au Canada. Mais il faut vraiment se débarrasser de cette identité et embrasser une identité “petite”.
La plupart de nos communautés de foi sont des communautés de 20 personnes. Et je pense qu\'on devra nous enseigner encore : Comment ça se fait, une Église dans une maison? Comment ça se fait de se réunir dans des cafés ou des endroits non traditionnels ?
Moi, je crois qu\'il y a un avenir pour l\'Église, mais ça ne va pas commencer en grand, ça va commencer pas mal petit et plus agile.
 
L’avenir est dans la soif et la faim de rencontrer les autres
Joan
Je suis vraiment d’accord. J\'ai aussi un peu cette conviction que les petites communautés sont souvent résilientes et qu\'en plus elles rentrent facilement dans le bimodal. Je m\'en suis rendu compte pendant le COVID.
Mon mari était pasteur de paroisse. Et c\'est incroyable parce qu\'au tout début du COVID, ce sont les jeunes qui nous ont aidés à faire des vidéos. Au bout de deux, trois semaines, les personnes plus âgées ont dit : non, mais il n\'y a pas que les jeunes qui savent faire des vidéos. Nous, on devrait pouvoir savoir le faire. Il faut juste nous expliquer.
On passait des heures au téléphone. Amaury avait même fait une vidéo tutoriel. Et après, du coup, c\'était trop bien, ces paroissiens nous envoyait des photos de comment est-ce qu\'ils avaient pris une boîte de chaussures et ils l\'avaient taillé comme ci comme ça pour mettre bien comme il faut le téléphone, pour qu\'il reste droit pour faire leurs vidéos, pour qu\'on puisse monter ensuite ces vidéos et faire des cultes ou des temps de prière qui puissent être diffusés.
Je me suis dit en fait, ce sont des communautés qui sont capables de passer du Zoom à la rencontre en présentiel, du local au global. Ce que le COVID nous a enseigné avant tout, mais vraiment avant tout, c\'est la soif et la faim de relation vraiment. Tout ça a fait tomber les barrières culturelles et générationnelles.
Quand les gens ont vraiment soif et faim de rencontrer les autres, d\'être ensemble et finalement de pouvoir ensemble dire quelque chose de Dieu, vivre quelque chose de la communauté en Christ, il n\'y a plus de barrière. Les gens font des efforts incroyables. Ils font des bricolages sur des boîtes de chaussures et d’autres trucs. C\'est vraiment génial quoi.
C’est un peu sur cette faim et cette soif que je compte beaucoup plus que sur les plans stratégiques d\'Église, les projections, les budgets, je ne sais pas quoi. Il faut que les francophones et les hispanophones fassent des trucs avec les autres phones.
Je me dis: c\'est bien, c\'est une façon à nous de rester en mouvement. Mais en fait ce qui compte, le moteur, le vrai quoi, c\'est la faim et la soif des gens.
Nous, on le voit finalement avec ce podcast. C\'est aussi l\'occasion Stéphane de remercier tous les gens qui ont téléchargé. On a quand même 10 000 téléchargements pour ce podcast. On n’a presque pas reçu de sous pour faire ça. C\'est vraiment minimum comme investissement.
En même temps, c\'est juste parce que nous avions cette faim et cette soif de rencontrer les gens, d\'aller à leur rencontre, de savoir qui ils et elles sont.
Je le vois ici dans mes groupes WhatsApp. Je fais un groupe WhatsApp pour l\'Avent et un groupe WhatsApp pour Carême. Chaque fois, j\'ai des dizaines de personnes qui s\'inscrivent et c\'est surprenant parce que c\'est quoi? C\'est un petit rien du tout, un petit visuel qui circule sur WhatsApp.
Je pense que c\'est : faim, soif, envie de se rencontrer et puis tout le reste après, on va bricoler, on va bricoler un petit peu comme cette boîte de chaussures.
 
Suivre l\'exemple de Pierre et oser sortir de la barque
Stéphane
C\'est vrai que ça demande de la créativité, ça demande de l\'imagination, ça demande un peu de courage d\'aller sur des sentiers non explorés ou non traditionnels.
Pour faire un lien biblique, ça me fait penser beaucoup à Pierre qui quitte la barque, qui essaye de marcher sur les eaux comme Jésus. Oui, il coule. Mais, au moins, il a essayé. Il est sorti de la barque. Les autres disciples sont demeurés dans la barque. Ils n\'ont pas essayé. Et Pierre, lorsqu\'il regardait Jésus, ça fonctionnait. C\'est quand il s\'est mis à regarder tout autour, le vent, la tempête…, là il s\'est mis à couler.
C’est peut-être un peu cette image-là que je garde de notre conversation. Il faut parfois sortir de la barque. Il faut parfois se mouiller, peut-être prendre une tasse. Mais il faut oser. Et si on rate, il y aura une autre occasion, il y aura un autre projet. Ce n\'est pas la fin de tout, je pense.
On a développé une peur de l’échec. On devrait inviter plus l’initiative.
Tous les gens qui nous écoutent et qui aimeraient lancer un podcast sur la foi, la spiritualité, la religion, allez-y. Tous les gens qui voudraient dire, moi je voudrais faire comme Joan, faire un groupe WhatsApp, allez-y. Moi, j\'aimerais inviter des amis au parc autour d\'une table de pique-nique, les mardis soir, pour discuter, allez-y.
C\'est nous qui nous mettons trop souvent nos limites, nos restrictions.
 
Conclusion
Joan
En tout cas, ça m\'a fait du bien et ça m\'a fait plaisir de discuter aujourd\'hui avec Kimberly, modératrice de l\'Église Unie du Canada. Une belle rencontre. Merci beaucoup, Stéphane, pour l\'idée. Merci pour la liberté dans les échanges.
Vous voyez qu\'en fait, nous sommes peut-être des ministres de l\'Église, mais en fait, on ne sait pas vraiment où on va, mais on sait qu\'on y va ensemble et ça nous fait du bien. Envoyez-nous vos questions, vos remarques, peut-être vos préoccupations aussi, peut-être vos idées pour l\'Église d\'aujourd\'hui et pas seulement l\'Église de demain et peut-être qu\'on envisagera quelque chose ensemble.
On vous remercie encore pour ces 10 000 téléchargements qui nous font vraiment chaud au cœur et qui nous donnent envie, enfin en tout cas moi ça me donne envie, je ne sais pas toi Stéphane, de continuer ce ministère numérique.
 
Stéphane
Ça, c\'est sûr que j\'ai le goût de continuer et de savoir que vous êtes là, que vous appréciez, ça fait toujours plaisir. Merci, Joan pour la conversation. Merci, madame la modératrice d\'avoir libéré un peu de temps dans votre horaire hyper chargé.
 
Kimberly
Oui, c\'est vrai. Bien, c\'était un grand plaisir. Merci, Joan. Merci, Stéphane. C\'était une très bonne discussion.
 
Stéphane
Je veux prendre deux secondes pour remercier l\'Église Unie du Canada, notre commanditaire qui a un site internet moncredo.org qui présente nos podcasts, des blogs, des vidéos. Merci aussi à Réforme qui relaie aussi notre podcast.
Et comme Joan l\'a dit, écrivez-nous; [email protected] et on est de retour très bientôt. Au revoir!
 
Joan
Au revoir!
 
Kimberly
Au revoir!