L’humour et la religion peuvent-ils coexister?
L’humour peut être un outil puissant pour la critique, la réflexion et la convivialité. Pourquoi certaines personnes sont-elles inconfortables de son utilisation dans les milieux religieux?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent comment la satire, l’autodérision et la légèreté peuvent enrichir la foi et la vie religieuse. Ils donnent quelques exemples et expliquent l’importance du contexte d’utilisation de l’humour.
 
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, l\'humour et la religion peuvent-ils coexister?
Bonjour Stéphane. Bonjour Joan.
 
L’humour selon Martin Luther
[Joan] J\'aime bien ce sujet qu\'on a choisi, d\'abord parce qu\'il colle un petit peu à une certaine réalité de mon ministère, dans le canton de Vaud, en Suisse romande, mais aussi parce que finalement ça m\'a permis d\'aller chercher un peu du côté des propos de table de Luther.
Alors évidemment, ce sont des propos de table, ils n\'ont pas vraiment, on pourrait dire, une densité théologique ou académique profonde.
On imagine aussi qu\'un certain nombre de disciples de Luther ont un petit peu glosé autour de sa personne, mais j\'aime bien quand même.
Ce qui se dit : « Pareille aventure arriva un jour à un certain pasteur, Ambroise Herr. Comme il exhortait ses paroissiens à venir écouter assidûment la parole de Dieu (bon là je vous raconte une blague de Luther, bien sûr), ils lui dirent : « Ah, cher monsieur le pasteur, si vous installiez un tonneau de bière au milieu de votre église, et que vous nous faisiez appeler, vous verriez comme nous arriverions. »
Bon, c\'est un style un peu vieux jeu, mais c\'est Luther qui, sous couvert de la blague, encourageait les pasteurs de son époque à servir à boire de la bière pour intéresser les gens, parce que bon, la prédication, on est d\'accord, ça intéresse un peu, mais la bière un peu plus.
Donc ça déjà, c\'est l\'humour tout particulier de Luther qui tourne quand même beaucoup autour de la bière.
Et puis maintenant, es-tu intéressé de connaître les qualités et caractères que doit avoir un bon prédicateur d\'après Luther dans les propos de table? Là vraiment, on est tout à fait au niveau des sources, on est bon.
« Voici les qualités et caractères que doit avoir un bon prédicateur. Premièrement, être capable d\'enseigner les gens avec une belle rigueur et une belle méthode. Deuxièmement, avoir la tête bien faite. Troisièmement, être éloquent. Quatrièmement, avoir une bonne voix.
Cinquièmement, une bonne mémoire. Sixièmement, savoir s\'arrêter. Et attention, septièmement, être sûr de son fait et y mettre tout son zèle. Huitièmement, risquer sa santé, sa vie, son bien et son honneur. Neuvièmement, se laisser tourmenter et tourner en ridicule par n\'importe qui. »
Est-ce que, par hasard, Luther nous encouragerait à avoir un sens de l\'humour très, très, très profond? Un sens de l\'autodérision? Un sens d\'accueillir un petit peu les choses qui se disent sur lui, Luther, sur nous, les pasteurs, sur Jésus et la Bible? Je me le demande.
 
L’humour peut exister à l’intérieur de nos Églises
[Stéphane] Je crois que pour être pasteur, il faut avoir un peu d\'autodérision. Il ne faut pas trop se prendre au sérieux tout le temps. L\'humour fait partie de l\'expérience humaine de toutes les civilisations.
On dirait que pour certaines personnes, lorsqu\'on arrive dans le domaine religieux, il faut être sérieux. Il ne faut pas sourire. Il faut être austère, toujours dans la pénitence. Mais pourquoi?
Je vais te donner un exemple. Chez les Anglo-Saxons, en Amérique du Nord, il y a ce qu\'on appelle le « Humour Sunday ». C\'est grosso modo le dimanche de l\'humour, un dimanche humoristique.
Mais on tient toujours à préciser que c\'est de l\'humour saint, ce n\'est pas quelque chose de vulgaire. Non, non, non, c\'est religieux, c\'est propre.
Mais tant qu\'à faire ça, pourquoi le fait-on? Je pense qu\'il y a une place pour rire. Il y a une place pour avoir du plaisir. Il y a une place même pour faire un peu de satire, un peu de caricature.
Et je ne comprends pas pourquoi on ne se permet pas ça.
 
L’humour du carnaval de Bâle
[Joan] Alors, comme j\'exerce en Suisse, je me suis intéressée un petit peu au carnaval de Bâle. Je suis originaire plutôt de Strasbourg et de sa région, donc pas très loin de Bâle. J\'étais déjà au Carnaval de Bâle quand j\'étais petite. Il y a toutes sortes de traditions là-bas.
Il y avait une émission de RTS, donc notre radio en Suisse, sur le Carnaval de Bâle. C’était vachement bien parce que c\'était avec la collègue francophone de Bâle qui expliquait des tas de choses aux journalistes.
Notamment, une des choses qu\'elle a expliqué, que j\'ai trouvé très, très intéressante, c\'est que c\'est un carnaval en terre réformée, et donc ça veut dire qu\'en fait le peuple a refusé de renoncer à son carnaval, puisque c\'était à la réformation, qu’on a interdit les carnavals, mais le peuple bâlois a dit non, non, non, c\'est le nôtre, on le garde.
Et justement, pour que ce ne soit pas  identifié comme un carnaval catholique, ça a lieu une semaine après le carnaval catholique. Ça déjà, c\'est très marrant.
La pasteure Evelyne Zinsstag nous a dit que c\'est une semaine après les carnavals catholiques, exprès pour se moquer d\'eux. Ça, c\'est marrant.
C’est vrai que la réforme en 1525, comme je disais, a théoriquement interdit les festivités catholiques. Mais celui-là de carnaval est devenu une célébration plutôt satirique, davantage qu\'une fête religieuse.
C’est animé par des groupes de gens qui s\'appellent des cliques, qui se réunissent toute l\'année, qui se préparent, enfin c\'est une brise communautaire très forte. Ils utilisent des, attention si je vais réussir à le dire schnitzelbank: ce sont des petits poèmes satiriques, pour moquer entre autres la politique, les figures religieuses.
Il y a plusieurs règles au carnaval. Il y a des mots qu\'on doit utiliser, d\'autres qu\'on ne doit pas utiliser. C\'est très codifié.
La règle principale, c\'est qu\'on est libre de dire tout ce qu\'on veut pendant le carnaval de Bâle. Les gens se tutoient dans la rue, causent ensemble, tous les sujets de conversation sont ouverts.
J’ai trouvé ça super intéressant de découvrir cette liberté de parole, de satire, et surtout d\'une satire qui peut toucher aussi au religieux.
Alors cette année, je crois qu\'il y a eu pas mal d\'effigies de Trump, mais d\'autres années, ça a pu être les différents papes, parce qu\'on a un carnaval réformé, donc si on veut, on se moque des papes. C’est OK et ça fait du bien à la population, les gens se réunissent autour de ça.
 
L’humour est toujours contextuel
[Stéphane] Le Québec a hérité de la tradition française, de la satire, mais aussi de la tradition britannique. On peut penser au Monty Python, par exemple, à The Life of Brian, la vie de Brian.
Et je crois que ça paraît dans notre relation à la religion. Pendant très longtemps, la religion catholique romaine a été toute puissante.
Mais maintenant, la religion n\'occupe plus la même place dans la société: on est capable d\'avoir ce regard critique, ce regard humoristique sur les institutions, sur la Bible.
Moi, je suis de la génération qui a connu le groupe RBO. J\'aime bien, lorsqu\'on voit Jésus revenir sur terre aujourd\'hui pour faire de la pub d\'une rôtisserie de poulet. Je peux comprendre que c\'est très contextuel.
Le danger, c\'est que je peux décider pour moi ce que je trouve rigolo, ce que je trouve acceptable. Il y a peut-être des choses qui me dérangent.
Mais je ne crois pas qu\'on puisse imposer son humour, comme on ne peut pas imposer sa théologie ou sa vision de l\'Église à l\'ensemble de la population.
Moi, je crois qu\'on peut rire, on peut utiliser la satire, on peut utiliser la caricature pour dénoncer certaines choses. D\'autres personnes, ça les dérange et je pense qu\'il faut accepter cette diversité-là.
 
Notre-Dame des courants d’air
[Joan] Est-ce que tu connais Louis de Funès? Un film dans lequel il a joué, je ne me rappelle plus très bien du nom du film, mais l\'extrait que j\'aime beaucoup c\'est Notre-Dame des courants d\'air. Tu vois de quoi je parle? C\'est génial, c\'est vraiment génial. Je pourrais regarder cet extrait sans fin.
À chaque fois je me laisse surprendre par le curé dans sa vieille église française, laquelle est complètement en train de tomber en ruine. Je ne sais pas si on est après-guerre. Il doit y avoir des raisons.
Il a un organiste qui se fout complètement de sa gueule du début à la fin. Bon, du reste, le curé n\'est pas toujours tendre avec son organiste. Mais l\'organiste, c\'est vraiment marrant, comme progressivement, au fur et à mesure qu\'il arrive des histoires à ce curé dans son église pendant sa prédication, l\'organiste,
il se lâche de plus en plus. Finalement, il est de plus en plus irrévérencieux parce qu\'il est mort de rire.
Le curé s\'obstine à monter en chaire alors que sa chaire se casse la gueule. Elle part en avant, elle part en arrière. Il n\'arrive plus à ouvrir sa porte pour rentrer dans sa chaire. Il passe par-dessus, mais après il est coincé dedans.
Alors il se plaint, pendant sa prédication il se plaint, il dit qu\'il a rêvé qu\'il allait voir saint Pierre, et que saint Pierre lui disait « Ah, c\'est vous le curé? Ah bah oui, on connaît bien votre église, elle s\'appelle Notre-Dame des courants d\'air. »
Alors le curé explique que le toit, ça goutte de partout. Il explique qu\'il fait froid, que c\'est moche, qu\'il n\'en peut plus, que sa chaire se casse la gueule, mais en même temps il s\'obstine à prêcher en chaire. C’est complètement délirant.
Et à force de marteler, de tempêter sur sa condition, la bavoie de la chaire, poum!, lui tombe sur la tête et ça l\'empêche de terminer sa prédication dans laquelle, en fait, il ne délivrait rien d\'intéressant, pas du tout un message évangélique. Il ne faisait que se plaindre. Et puis il y a Louis de Funès, dans les bancs, qui dit « Je ne reviendrai plus ».
Ça me fait vraiment rire parce que j\'ai un peu l\'impression que des fois on est un peu comme ça dans nos églises, qui sont dans l\'état dans lequel parfois elles sont. Des fois elles sont dans un état très intéressant, d\'autres dans un état assez inquiétant. On est là à se plaindre parce que c\'est quoi ça? Et on se moque de nous, comment est-ce qu\'on parle de Jésus?
En fait, l\'un de ces quatre, la bavoie va nous tomber sur la tête et puis ce sera fini. On n\'aura plus d\'audience. On n\'aura plus rien du tout puisqu\'on aura fini par énerver tout le monde comme Louis de Funès.
 
L’humour pour amorcer une réflexion sur la Bible
[Stéphane] Je pense que l’humour peut aussi être utilisé pour aider les gens à se questionner ou réfléchir sur certains aspects des récits bibliques.
Par exemple, une des blagues que j\'aime bien utiliser, c\'est Jésus qui marche sur les eaux; Pierre sort de la barque, commence à couler dans l\'eau et dit, « Jésus, sauve-moi, aide-moi! ». Et Jésus se retourne vers Pierre et dit: « Pierre, marche sur les roches. »
Ça illustre cette question. Comment quelqu\'un peut-il marcher sur l\'eau? Est-ce qu\'il y avait un truc? Est-ce que c\'est comme un tour de magie aujourd\'hui? On voit des prestidigitateurs ou des illusionnistes faire des trucs comme ça.
C\'est comme le récit de la Pentecôte, le livre des Actes des Apôtres, chapitre 2. Pierre commence à prophétiser et les gens disent, « ah, il doit être ivre, il a bu du bon vin. »
Et là, il répond, « Non, nous ne sommes pas ivres parce qu\'il est seulement 9 heures du matin. » Pourquoi cette référence? Pourquoi les auteurs ont-ils dit « Ah non, ça, c\'est important de dire qu\'il est 9h du matin », comme s\'il n\'y avait jamais eu personne dans l\'histoire de l\'humanité qui était ivre à 9h du matin?
C\'est peut-être un peu absurde ce qui se passe. On a un clin d\'œil, il ne faut pas prendre ça au pied de la lettre.
Je pense qu\'il y a quelque chose à faire avec ces textes-là pour aider les personnes à mieux comprendre le texte et de voir, bon, peut-être qu\'il ne faut pas trop se prendre au sérieux.
 
Jésus était capable d’utiliser la satire
[Joan] Justement, ne pas trop se prendre au sérieux, prendre les paroles de Jésus au sérieux. Il y a cet extrait en Matthieu 5, les versets 29-30, quand Jésus dit « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la. »
Je me rappelle, il y a un prof en cours qui nous avait vraiment expliqué que c\'était en fait une fonction hyperbolique. Jésus exagère parce qu\'il est entouré aussi de gens qui comprennent la loi d\'une façon absurde, qui poussent le concept de la loi.
C’est quelque chose que l’on remarque à la lecture des Évangiles. Jésus ne s’intéresse pas du tout à cette lecture absurde de la Loi, même s’il dit « Pourquoi tu me touches? » ou bien « Je ne suis pas là pour le petit chien ».
Après il se rend compte qu\'au cours de la rencontre, il y a beaucoup plus important que la loi et c\'est la grâce en fait, c\'est cette grâce de la rencontre.
On nous avait expliqué que c\'est vraiment humoristique, c\'est hyperbolique, c\'est en fait pour pousser le bouchon.
Jésus était capable comme ça d\'une forme d\'ironie aussi, et qu\'il fallait l\'intelligence de la foi pour l’enseigner actuellement.
Jésus a dit que si je regarde un mec qui fait du jogging, il ne faut pas que je m\'arrache l\'œil, quoi.
Alors ça paraît tomber sous le sens, et en même temps, on n\'est pas obligé d\'aller regarder dans les sectes des autres religions, mais regarder dans nos sectes à nous.
On voit bien certains nationalismes chrétiens qui poussent certains concepts de façon absolue. On voit bien la peine de mort qui continue à être utilisée de façon abusive.
Enfin, on comprend très bien que les versets bibliques pourraient aussi être utilisés de façon abusive, au lieu d\'y voir des traits d\'humour, d\'y voir des ressorts pour entrer en conversation.
 
L’humour qui sert à dénoncer
[Stéphane] Je t\'écoute et ça me fait penser au sketch du groupe Les Inconnus, Jésus 2. Ils imaginent que Sylvester Stallone a fait un film sur la vie de Jésus et ils ont emprunté les codes des films de Sylvester Stallone.
Oui, c\'est une critique sociale sur la société américaine et j\'y vois aussi une critique des personnes qui imaginent un Jésus tout-puissant, très fort, qui impose sa volonté.
Si moi je veux un Christ fort, je vais trouver les citations, je vais trouver les traditions, puis c\'est le Christ fort, c\'est le Christ presque macho, presque masculiniste.
Je pense que l\'humour peut dénoncer ces mouvements d\'appropriation du message du Christ pour satisfaire leurs agendas personnels ou leurs vues.
 
La couverture du journal Réformés de mars 2026
[Joan] Ce qui m\'a donné envie de faire cet épisode avec toi, c\'est très clairement les discussions autour de la couverture de notre journal protestant qui s\'appelle Réformés. Vous pouvez tout trouver online.
Il y a une couverture qui a été proposée pour mars, mars 2026, d\'un célèbre dessinateur roman qui est très, très connu, qui s\'appelle Barrigue.
Ce qui est marrant, c\'est que Barrigue, il y a une trentaine d\'années, avait fait un calendrier avec plein de dessins rigolos autour des évangiles et un nombre incalculable de catéchumènes vaudois, pour leur confirmation, ont reçu un exemplaire de ce calendrier parce que c\'était des scènes quand même bibliques, mais croquées avec humour.
Donc Barrigue, il a un lien comme ça à la communauté protestante, on le voit bien depuis très longtemps.
Ce numéro portait sur les régionalismes romans, c\'est-à-dire la façon dont chaque canton roman se comprend.
Donc, il y a le canton de Neufchâtel, il y a le canton de Genève, le canton de Vaud, le canton du Valais, d\'une certaine façon, dans une certaine mesure, aussi Fribourg qui est un petit peu francophone, et puis plus loin, on a un petit peu Berne aussi qui est un peu francophone.
Comment est-ce que chacun, chacune se situe là-dedans? Quels sont les régionalismes?
Le dessin de la couverture, c\'est Jésus qui rompt du pain, mais qui commence par les trognons. Ses disciples s\'en mêlent, comme on les voit tout le temps dans l\'Évangile se mêler de tout. Il y en a un qui dit non, c\'est croupion, et l\'autre qui dit non, c\'est le crotchon, parce que tout ça, ce sont des régionalismes. Et puis Jésus tranche et dit bon, alors c\'est du pain.
Quand on regarde ça et qu\'on est étrangère comme moi, on voit juste un dessin mignon qui rappelle qu\'un peu partout, probablement, on appelle le pain différemment, surtout si c\'est, entre guillemets, le cul du pain.
Est-ce qu\'on dit le quignon? Est-ce qu\'on a chacun un peu son terme?
Comme l\'a dit le rédacteur en chef, Joël Burri, que je salue, il a trouvé le dessin tendre.
C’est vrai que ces histoires de quignon, de pain, ça me ramène à l\'enfance quand je demandais à ma tante qui me gardait, quand on venait chercher la baguette et je lui demandais: le quignon, je peux l\'avoir? Elle me disait: tu veux le cul du pain? Voilà. Ma tante d\'ailleurs était catholique, très pratiquante. 
C’est ce que j\'ai pensé comme étrangère.
En fait pas du tout; il y a vraiment beaucoup de gens qui y ont été touchés, heurtés, qui ont écrit, ça a créé des remous, des discussions.
C’est vrai que si ça heurte des gens, c\'est intéressant de le prendre en compte, de discuter avec eux et elles. Quoi, qui vous a heurté? Comment est-ce qu\'on peut éviter ça?  Le rédacteur en chef a dit qu\'il allait présenter des excuses.
Moi, ce qui m\'intéresse le plus, c\'est la discussion que j\'ai eue spontanément avec Marysol. Elle est étudiante de théologie, elle va être pasteure. Tu sais qu\'un jour elle sera notre chef aussi. En fait, elle est très luthérienne dans sa théologie.
Elle m\'a dit « mais moi, je trouve ce dessin mignon et surtout, ça me rappelle que Pierre, en fait, aimait contredire Jésus. » Et donc elle a même vu une espèce de véracité biblique là-dedans. J\'ai trouvé ça dingue.
Moi, je n\'avais pas pensé à ça du tout. Je pensais à ma tante et à la baguette chaude. On voit qu\'elle est encore en études.
Je lui dis « Ah bon, mais peux-tu m\'en dire un peu plus, Marysol? » Elle m\'a dit « Ben oui, regarde, Pierre il contredit Jésus en Matthieu 16, verset 22. »
Alors, je vous lis ça.
« À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu\'il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des spécialistes des Écritures, être tué et le troisième jour ressuscité.
Pierre le prend à part et commence à lui faire des reproches. « Dieu t\'en garde, Seigneur! »  « Non, cela ne t\'arrivera pas! »
Mais Jésus s\'est retourné et dit à Pierre « Va-t\'en, passe derrière moi, Satan! Tu es un obstacle sur ma route, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des êtres humains. »
Comment est-ce qu\'on est passé d\'une baguette chaude de pain à arrière Satan ? Alors là, c\'est la magie de la théologie.
C’est vrai que j\'ai trouvé que c\'était vraiment un point de vue très lumineux, très mignon, de dire que ces disciples qui contredisent Jésus, c\'est très biblique, en fait.
 
Éviter de niveler par le bas
[Stéphane] La différence d\'opinions entre les personnes est quelque chose de normal. Mais pourquoi vouloir imposer son point de vue aux autres? Ça me fait penser aux personnes qui sont d\'allégeance intégriste ou fondamentaliste. Ces personnes croient pouvoir déterminer la ligne pour toutes les personnes.
Juste un exemple. Il y a plusieurs années, j\'avais mis ce qu\'on appelle en anglais un « comic strip », comme une espèce de bande dessinée en trois ou quatre cases, où on avait Jésus qui disait à une personne « tiens, mange ceci, parce que c\'est mon corps. » Et la personne fixe Jésus et lui répond « tu es vraiment weird, Jésus » parce que la personne prenait ça au premier degré, comme certaines personnes des fois prennent les choses au premier degré.
J\'avais mis ça sur mon Facebook. Un de mes paroissiens avait vu ça, plainte à la paroisse, demande de retirer ça parce que c\'était un sacrilège tout ça. Je l\'ai fait parce que je ne voulais pas me battre infiniment pour des questions de liberté de conscience. Je l\'ai retiré.
Mais ma réflexion à ce moment-là, c\'était, doit-on toujours niveler par le bas? Doit-on toujours aller au plus bas dénominateur commun? Doit-on toujours se demander si, d\'un coup, une personne pourrait peut-être être offensée? Ah non, non, non, on ne le fera pas.
Mais on ne peut pas avancer comme ça. On ne peut pas donner un droit de veto à 3 milliards d\'êtres humains sur Terre. Il faut parfois oser. Il faut peut-être transgresser. Il y a des gens qui vont être heurtés. Il y a des gens qui vont apprécier.
Oui, ça vient avec des risques, mais il n\'y a pas de risque si on ne fait rien. Si on fait quelque chose, on fait avancer les choses.
Il faut savoir mettre les choses en perspective. Si quelqu\'un aime bien l\'humour, si quelqu\'un fait une blague ou une réflexion ou une caricature ou quelque chose de satirique de bonne foi, je pense qu\'il faut accorder un peu de marge de manœuvre.  Lorsqu\'on veut délibérément blesser autrui, bon, là, c\'est une autre histoire.
Mais si je vais juste raconter une blague qui ne blesse personne, qui n\'est pas raciste, qui n\'est pas homophobe, je pense qu\'il faut voir le bon sens des choses.
 
Conclusion
[Joan] En tout cas, ce qui est sûr, c\'est que j\'aime beaucoup toutes ces traditions de carnaval. J\'aime beaucoup le fait qu\'il existe un carnaval réformé, qui soit une semaine après le carnaval catholique, et pendant lequel on a le droit de dire un peu tout ce qu\'on veut.
Et je me demande si on ne pourrait pas étendre cette période de carnaval un peu plus longtemps dans l\'Église, de façon à ce qu\'on puisse un peu plus se faire des blagues, tout en étant aussi prêt, prête à, comme tu l\'as dit, reconnaître de bonne fois qu\'on s\'est un peu trompé, qu\'on a manqué notre cible.
Mais on cherche et on continue, parce que finalement j\'aimerais quand même rappeler à tout le monde que Luther a dit que c\'était l\'une des qualités nécessaires pour être pasteur. Donc moi je prends ça très au sérieux.
[Stéphane| Luther le dit, il faut le faire.
(Joan] Il faut le faire.
Alors je me demande aussi si nos auditrices et auditeurs ont un avis sur ces questions-là. Peut-être aussi nous trouvent-ils des fois trop irrévérencieux, c\'est aussi possible.
Écrivez-nous peut-être pour nous le dire. On serait aussi heureux de dialoguer avec vous sur ce qui peut-être vous a parfois touché au mauvais endroit et peut-être nous aussi réfléchir à comment construire un dialogue constructif avec vous.
Et puis surtout aussi à nos directions d\'Église, qu\'on ne voudrait pas froisser avec toutes nos blagues un petit peu rigolotes.
[Stéphane] Un excellent endroit pour avoir ces conversations, c\'est notre communauté WhatsApp. Le lien est dans nos descriptions d\'épisodes.
Si vous n\'êtes pas sûr, écrivez-nous : [email protected]  et on va vous inclure. C\'est un endroit pour continuer les conversations sur les podcasts ou toutes autres questions, toutes autres conversations que vous désirez avoir.
Merci à l\'Église Unie du Canada et son site Mon Credo qui relaie nos podcasts, qui offre aussi des blogues et des vidéos sur la foi et la spiritualité.
Merci à Réforme qui relaie notre podcast.
Merci à tout le monde qui est là, j\'espère que vous profitez bien de ce temps de l\'année. Faites attention à vous. Au revoir, au revoir Joan. Au revoir tout le monde.
 
Mots clés: 
humour, religion, satire, foi, autocritique, carnaval, blagues, spiritualité, critique sociale, liberté d\'expression
 
Messages clés: 

L\'importance de l\'autodérision pour les pasteurs
Le rôle de l\'humour dans la critique sociale et religieuse
Le carnaval de Bâle comme exemple de satire religieuse
L\'humour comme moyen d\'interprétation des textes bibliques

 
Liens: 
Super Jésus Poulet BBQ: https://www.youtube.com/watch?v=PFy23xa_XgA 
Notre-Dame des courants d\'air: https://youtu.be/zxIHu9an9_g?si=GF-qb8bQwDFDUICe
Jésus II (Les Inconnus): https://youtu.be/2ThcFzdiXeA?si=FPLzpTYZBf_bjI4n 
 
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