Est-ce que la foi peut aider vraiment à surmonter des tragédies?
Peut-on surmonter des tragédies grâce à la foi?
Que ce soit l’incendie du premier de l’an à Crans-Montana, en Suisse, ou la tuerie à Tumbler Ridge, au Canada, notre monde connaît constamment des tragédies qui nous laissent sans mot. Comment trouver un sens dans tout cela? Est-ce que la foi peut nous aider à nous relever?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane reçoivent la pasteure suffragante Sophie Maillefer de l’Église Évangélique Réformée du canton de Vaud, de la paroisse de Belmont-Lutry. Ensemble, ils et elles explorent le rôle que les Églises peuvent jouer et réfléchissent à l‘importance de se rassembler lors que les tragédies frappent nos communautés.
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Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui aborde la foi et la spiritualité, une question à la fois.
Cette semaine : est-ce que la foi peut vraiment nous aider à surmonter des tragédies?
Bonjour Stéphane.
Bonjour Joan. Bonjour à toutes les personnes à l\'écoute.
Notre invitée spéciale : Sophie Maillefer
[Joan] Aujourd\'hui, j\'aimerais vous présenter ma collègue qui est dans la même équipe de jeunes ministres. Oui, je fais partie des jeunes ministres dans l\'Église Réformée vaudoise et ça me donne ce privilège de connaître Sophie Maillefer qui est là avec nous aujourd\'hui. Sophie, bienvenue!
[Sophie] Bonjour, merci pour l\'invitation.
[Joan] Sophie, tu veux peut-être te présenter toi-même, dire quelques mots sur qui tu es, où est-ce que tu exerces le ministère.
[Sophie] Je suis pasteure suffragante, c\'est-à-dire encore non consacrée, au sein de l\'Église Évangélique Réformée du canton de Vaud. Donc, comme tu l’as très bien dit, Joan, on travaille pour la même Église actuellement. Et je suis à Lutry, dans la paroisse de Belmont-Lutry.
[Joan] La paroisse de Belmont-Lutry qui se trouve, est-ce qu\'on appelle ça La Riviera?
[Sophie] Non, c\'est dans le Lavaux.
[Joan] Dans le Lavaux, ah oui, c\'est là où il y a les belles vignes.
Et ce n\'est pas si loin, si loin du Valais, c\'est la raison pour laquelle on t\'a invitée aujourd\'hui, Sophie; parce que, d\'une façon ou d\'une autre, votre paroisse est complètement partie prenante de tout ce qui se vit autour du drame du 1er janvier qui s\'est passé à Crans-Montana.
La tragédie de l’incendie de Crans-Montana
[Sophie] Oui, alors on a eu effectivement un incendie en Suisse à Crans-Montana et puis dans notre paroisse il y a, enfin dans la commune disons, il y a huit jeunes qui sont décédés et encore un certain nombre sont à l\'hôpital, des suites de cet incendie.
C\'est un peu dans ce cadre-là et vis-à-vis de tout ce que j\'ai pu vivre aussi en tant que ministre, tout ce que j\'ai pu entendre, tout ce que j\'ai pu partager sur les réseaux sociaux que j\'ai trouvé important.
[Joan] On a avec nous une ministre qui est au cœur de cet accompagnement, de cette tragédie qui a touché la Suisse.
Et cette tragédie qui a aussi activé, réactivé plein, plein, plein de choses que je trouve intéressantes qu\'on parle aujourd\'hui. Chez vous Stéphane, actuellement, il n\'y a pas eu un grand drame qui a mobilisé les Églises.
Les tragédies font-elles partie du plan de Dieu?
[Stéphane] Un peu comme partout, il y a des drames, il y a des choses qui frappent l\'imagination.
Je pense, cette année, c\'est le 9e anniversaire, si je peux utiliser le terme anniversaire, d\'une fusillade à la grande mosquée de la ville de Québec, où quelqu\'un, malheureusement, est rentré dans la mosquée à une heure de prière et a commencé à tirer. Il y a des gens qui sont décédés.
Et ça amène toujours la question, mais pourquoi?
Oui, il y a des gens qui sont radicalisés. Oui, il y a des gens qui sont un peu dérangés. Mais ces personnes-là qui ont été blessées, ces personnes-là qui ont été tuées, on se demande, qu\'est-ce qu\'ils ont fait?
Ils n\'ont pas mérité ça. Ce sont des personnes totalement innocentes qui, malheureusement, sont au mauvais endroit au mauvais moment.
Mais ça ramène toujours la question du plan de Dieu. Et c\'est avec ça que j\'ai de la difficulté lorsque les gens disent « Ah, ça fait partie de la volonté de Dieu, ça fait partie du grand plan de Dieu, il y a une raison derrière ça ».
Je peux comprendre qu\'en temps de crise, on essaye de trouver un sens à la douleur, mais moi, j\'ai toujours l\'impression que Dieu ne fonctionne pas selon la logique humaine. Le plan de Dieu appartient à Dieu et je ne pense pas qu\'on peut le comprendre.
J\'ai de la difficulté lorsqu\'il y a des personnes qui essayent de trouver ou qui essayent de proposer des explications logiques.
Accompagner les familles durant les tragédies
[Sophie] Justement, c\'est ce qu\'on a essayé d\'éviter à Lutry, dans la manière dont on a accompagné les familles et puis aussi la communauté qui se posait beaucoup de questions et qui était très touchée par ce qui a été vécu.
Ça a vraiment été vécu à Lutry comme une rupture sociale, vraiment, parce qu\'il y a un vide, il y a vraiment cette disparition de jeunes, ça a vraiment impacté le tissu social. On était en phase avec la douleur des familles.
Du côté de la paroisse, ce qu\'on a essayé de mettre en place, c\'est justement une présence qui se tient auprès de ce vide, qui ne propose pas des réponses, mais qui est dans l\'ouverture d\'un espace, dans l\'ouverture d\'une présence, dans la solidarité commune, pour se tenir ensemble dans ces questionnements, dans cette douleur.
C\'est pour ça qu\'on a organisé un temps de recueillement, d\'abord le 3 janvier, assez rapidement en fait, quand on ne savait pas encore exactement tout ce qui s\'était passé.
Et puis on a proposé des temps de silence, des temps de prière, mais il n\'y avait pas de message, il n\'y avait pas de parole nécessairement qui cherchait à expliquer ou à donner une raison comme ça.
Les liens qui se forment après les tragédies
[Joan] Oui, parce que ce qu\'on a vécu, c\'est vraiment un élan de la population vers les Églises, n\'est-ce pas?
À Lutry tout particulièrement, j\'ai vu sur Instagram ces centaines de bougies, ces centaines de fleurs qui ont été déposées devant le temple, mais aussi un peu partout sur le territoire. La Suisse est un tout petit pays, il y a 9 millions d\'habitants, 26 cantons, les gens sont souvent assez interconnectés.
J\'ai découvert que l\'une des copines de classe de gymnase de ma fille de 16 ans, c\'est cette classe d\'âge qui a été massivement touchée, était copine avec l\'un des jeunes qui est mort cette nuit-là. Elle a manqué l\'école et elle a expliqué que: moi je suis allée justement à Lutry.
Et donc j\'ai pensé à toi, je me suis dit oh mais c\'est incroyable ce lien qui se noue dans ce petit territoire où tout le monde est interconnecté avec tout le monde et où, du coup, il a été nécessaire dans tout plein d\'endroits d\'ouvrir des églises, d\'ouvrir des espaces, d\'ouvrir des permanences aussi. Et je crois que vous avez pas mal œuvré en ce sens aussi.
[Sophie] Oui, c\'est ça qui était vraiment intéressant et fort et profond en fait, c\'est que tout le monde a œuvré dans ce sens-là, dans le sens où ce n\'était pas la partie des pasteurs seulement, c\'était toute la commune, c\'était aussi des paroissiennes qui se sont mobilisées, qui se sont rendues compte les premières que Lutry avait été très touchée, que la paroisse devait faire quelque chose.
Donc il y a vraiment cet enjeu-là de quelque chose de commun qui a été porté collectivement.
Je pense que ça dit déjà beaucoup de ce qu\'on peut vivre en tant qu\'humain et de ce qui aide aussi au cœur d\'une tragédie comme ça.
Le besoin de se regrouper autour de l’Église après les tragédies
[Stéphane] On a souvent parlé dans notre podcast comment l\'Église est capable de créer la communauté. Souvent, moi je l\'ai vu, comme vous, comme plein de gens à l\'écoute, je suis sûr. Lorsqu\'il y a une tragédie, on a tendance à aller à l\'église, à se réunir autour de l\'église.
Peut-être dans les grandes mégapoles, c\'est plus difficile, mais lorsqu\'on a des communautés à l\'échelle humaine, je pourrais dire que c\'est le réflexe, on veut être ensemble.
Je pense que c\'est un bon enseignement pour l\'Église, parce que oui, il y a la théologie, oui, il y a le sacré, oui, il y a les rites.
Mais je crois qu\'il y a ce besoin d\'être ensemble.
Peut-être qu\'on a sous-estimé ça, ou peut-être qu\'on a tendance à mettre ça en bas de la liste des priorités, mais créer communauté, faire communauté dans les moments de joie, dans les moments de tristesse, dans les tragédies, dans les célébrations, il y a quelque chose de profondément humain là-dedans.
* Photo de Diego Céspedes Cabrera, unsplash.com. Utilisée avec permission.
Le témoignage de foi des personnes après les tragédies
[Sophie] Pour moi, pour aller dans cette direction-là, j\'ai eu l\'impression que... Alors oui, il y a le lieu de l\'église, le lieu symbolique du temple qui a fait que les gens se sont réunis, où il y a une dimension aussi un peu transcendante d\'un témoignage qui nous dépasse, un lieu aussi où des personnes vont se recueillir déjà depuis des siècles en fait.
En même temps, il y a la communauté. Ce sont les gens qui se réunissent qui deviennent l\'Église finalement et qui deviennent une communauté qui va espérer ensemble, qui va prier dans des événements aussi tragiques, du cri de désespoir, de l\'espérance que les gens s\'en sortent, de l\'incompréhension, n\'est facilement une prière finalement.
On est confronté tellement à l\'impuissance, à des questionnements humains sur le sens de ce qu\'on est en train de vivre, de ce qu\'on n\'arrive pas à intégrer, que finalement on n\'est plus tellement en train de se poser la question est-ce que c\'est croyant ou non croyant.
D\'ailleurs à Lutry c\'était frappant, il y a des centaines de messages qui ont été déposés. Certains adressaient aux familles, certains adressaient aux personnes qui sont décédées.
Il y avait énormément de prières, des mots qui disent quelque chose d\'une espérance. Ce n\'est pas des gens qui vont nécessairement à l’église. Mais il y avait cet élan de dire, je crois, que les personnes qui sont parties sont en paix. Je crois qu\'ils veillent sur nous.
Il y avait des témoignages dans pratiquement, en tout cas dans la majorité des messages qui ont été déposés à Lutry.
Moi je les ai tous lus, parce qu\'on les a triés ensuite pour pouvoir rendre aux familles une partie dans tous ces messages. Et puis les autres ont été déposés dans un lieu où ils peuvent être consultés.
Donc, on a eu à cœur de faire cette démarche-là et c\'était frappant de voir qu\'en fait l\'Église ne détient pas la foi. L\'Église est composée de personnes qui témoignent de cette foi au quotidien et parfois c\'est avec des gens qui ne fréquentent pas les paroisses qu\'on est le plus fort en communion pour ce témoignage.
Trouver des temps pour se rassembler
[Joan] C\'est quelque chose qu\'on a vécu aussi de très fort lorsqu\'il y a eu la journée du deuil national. Si je me souviens bien, c\'était le 9 janvier, un vendredi, et moi je me trouvais à Yverdon-Temple, deuxième plus grande ville du canton.
Et c\'est marrant parce qu\'on a ouvert l\'église à partir de 9h30, mais officiellement le culte était à 10h. Il y avait déjà une foule à 9h30. Et les personnes qui sont arrivées ont commencé par demander le pasteur.
Donc ce qui était prévu, c\'est que les cloches sonnent à 14h. Ça, c\'était tout à fait prévu. Puis je comprends que la population doutait qu\'il y ait quelque chose au temple protestant réformé. Mais par contre, ce n\'était pas tout à fait clair si on allait faire la retransmission ou pas en direct des moments qui avaient lieu en Valais, du recueillement officiel.
Et donc le pasteur a reçu plein, plein de demandes, alors il m\'a dit bon ben je crois qu\'on va vraiment le mettre en place. Heureusement que j\'ai tout ce qu\'il faut. J\'ai dit oui, je crois vraiment là qu\'on est attendu.
Et puis un petit peu avant 14h, c\'était fou, ce temple était rempli, rempli, rempli. Les policiers sont venus. Les pompiers sont venus. Tout le monde était là en bleu de travail avec le caddie de course, avec la poussette, avec le chien même.
Tout le monde est venu là, s\'est recueilli, et puis c\'était tellement émouvant, puisque cet hommage national, il y avait une partie aussi avec un petit reportage, et on voyait les drones sur les différents clochers réformés romands qui partout sonnaient en même temps. Alors, c\'était incroyable parce qu\'il y avait un sentiment du peuple qui était uni autour des clochers.
Alors c\'est un sentiment bien sûr un peu subjectif, un peu relatif, peut-être même un peu romantique, mais qui finalement était tellement réconfortant. Peu importe le côté cliché, c\'était tellement réconfortant.
Et c\'est une sensation qu\'on ressent peu au quotidien, qui ne nous arrive finalement pas aussi fortement au quotidien.
Donc c\'est là que je vous rejoins aussi tous les deux, finalement c\'est important de trouver des temps pour se rassembler, et si c\'est au moment des deuils, c\'est au moment des deuils, mais je crois qu\'on va aussi réfléchir dans l\'ERV, proposer des temps de rassemblement un peu alternatifs, qui permettent de rester dans cet élan de ce besoin d\'être ensemble.
L’injustice des situations
[Stéphane] Je suis d\'accord qu\'il faut être réconfortant et en même temps, il faut être capable de dire les choses telles qu\'elles sont.
J\'ai lu un excellent article qui disait que le prêtre, le pasteur, le leader religieux avaient un peu la mission de mettre le doigt là où ça fait mal, parfois entre l\'arbre et l\'écorce, ne pas nécessairement toujours mettre ça merveilleux. Être capable d\'affirmer que oui, il y a des choses qui se passent comme ça.
Je pense au livre du rabbin Harold Kushner, «When bad things happen to good people», qui a réfléchi sur la mort de son fils qui était enfant. Lui, il est rabbin, il est supposé être la bonne personne croyante, mais ça ne l\'a pas empêché de vivre une épreuve horrible.
Je pense qu\'il y a aussi ce besoin parfois de mettre des mots sur l\'émotion. Un peu peut-être crever l\'abcès.
J\'ai été à des funérailles pour un pasteur de l\'Église Unie qui s\'était suicidé. Toute la liturgie était belle, positive, mais les gens avaient des questions. Si un pasteur se suicide, quel genre d\'espoir peut-il y avoir pour nous, simples croyants?
Je peux comprendre qu\'on n\'a pas nécessairement toutes les réponses, mais il faut être conscient de ça. Il faut être conscient qu\'il y a des gens qui sont décontenancés, qui ont peut-être une théologie ou une vision du monde telle que si on prie suffisamment, si on fait les bons rites religieux, on a une meilleure vie. Ce n\'est pas comme ça que ça fonctionne.
C’est peut-être pour ça que j\'adore tant le livre de Job. Job, dans le Premier testament, au début, il est riche, il prospère, il fait toutes, toutes, toutes, toutes, toutes les bonnes choses.
Et bon, là, on parle dans le récit, là, d\'un pari entre Dieu et Satan, tout s\'écroule. Personne ne comprend pourquoi cela arrive.
On dit à Job « Non, mais tu as dû faire quelque chose de mal, peut-être que tu ne t\'en es pas rendu compte, mais ton malheur s\'explique. » Non, son malheur ne s\'explique pas, c\'est la vie, c\'est ça qui arrive.
Donc, il faut être capable, je pense, en tant que leader religieux, pas nécessairement de mettre du sel sur la plaie, mais d\'être capable de dire « Oui, je suis conscient de ce que vous vivez. Oui, je suis conscient de l\'émotion. Puis oui, c\'est injuste. Et oui, ça ne devrait pas se passer comme ça. »
Reconnaître notre impuissance devant les tragédies
[Sophie] C\'est vraiment cette démarche-là qui a été vécue à Lutry. Moi, je me souviens du moment de recueillement où, dans l\'introduction, on a commencé par « nous sommes sous le choc ».
Et c\'était la même chose du côté de la prière qui a été écrite, parce qu\'il y a une prière qui a circulé dans toutes les paroisses du canton de Vaud, qui a été écrite de façon commune avec la communauté israélite, l\'Église catholique et l\'Église réformée.
Ça commence par ces mots. « Oh Dieu, face à l\'ampleur de la tragédie survenue à Crans, les souffrances des uns et des autres et notre sentiment d\'impuissance, nous commençons par faire silence devant toi. »
Donc il y avait vraiment cette notion de dire, on commence par se taire, on commence par être là dans ce sentiment d\'impuissance et on n\'est pas en train de chercher à justifier ou à finalement dire que tout ça avait du sens.
Finalement, c\'est aussi ce qu\'on fait quand on accompagne les familles en tant que pasteur dans les cérémonies d\'adieu, les services funèbres, les cérémonies d\'hommage, etc.
On dit que Dieu se tient avec nous dans ce qu\'on vit, mais on n\'est pas en train d\'expliquer plus que ça, finalement.
On n\'est pas en train de dire que Dieu avait tout planifié, que ça se passe comme ça, si les gens étaient gravement malades ou autre.
Les étapes du déni et de la colère
[Joan] Moi j\'ai un petit peu observé, puisque c\'était un tout petit peu plus facile pour moi d\'observer, n\'étant que suis Suissesse d\'adoption depuis à peine cinq ans, les mouvements de la population.
Vous pouvez accueillir aussi ce que les gens me disaient sur leur inquiétude en fait pour les jeunes maintenant, sur les traumas que ça peut aussi faire remonter.
Une dame, comme ça, à Yverdon-Temple, m\'a dit « ah moi, mon fils c\'est un grand brûlé, il est rescapé ». Voilà, donc il y a toutes sortes de choses.
C’était très intéressant de remarquer combien les personnes étaient dans une forme de déni immédiat, c\'est-à-dire de dire « mais comment ça peut arriver en Suisse? »
C\'est l\'étape du déni. Alors, il n\'y a pas une étape linéaire. Ce n\'est pas 1, 2, 3, 4, 5, mais ça en fait partie.
Même dans notre groupe de prière de parents, ici dans la paroisse, à Courcelle-près-Payernes, il y a une maman qui a dit très spontanément « Moi, je n\'aurais jamais cru que ça pouvait arriver en Suisse. Les autres pays, on a l\'habitude, mais chez nous, il ne se passe jamais ça. » Donc il y a ce côté un peu déni.
Et puis après, j\'ai vu beaucoup de colère. C\'était la faute des propriétaires, des Corses en plus, des Français, ça, c\'est vraiment embêtant. C\'était la faute du Valais, parce que ce n\'était pas organisé comme il faut. C\'était la faute des pompiers qui auraient dû intervenir plus tôt ou autrement. C\'était la faute des parents qui n\'auraient pas dû laisser les enfants ressortir.
C’est là que l’on comprend qu\'en fait, on est en train de vivre un deuil collectif. Et comme nous on a les outils pour l\'appréhender, comme vous disiez tous les deux, qu\'est-ce qu\'on peut proposer dans cette tragédie, qu\'il soit de l\'ordre de la foi?
En même temps, pourquoi forcer les étapes? Si les personnes ont besoin de passer par le déni, par la colère.
Après, il y a un peu une notion de marchandage, dans le sens où on espère pouvoir sauver un maximum de jeunes. Là, on voit que ce n\'est pas si simple. Il y a déjà un jeune qui, malheureusement, est décédé. On les dispatche dans les meilleurs hôpitaux.
Et forcément, il y a un moment donné où toute cette pression va sortir, ce moment de dépression. Peut-être que tu l\'as déjà observé un peu sur le terrain, Sophie. Peut-être que ça va se répercuter d\'autres façons dans cette génération-là. Peut-être qu\'on va avoir des épisodes, des difficultés.
Puis à un moment donné, collectivement, on arrivera à une sorte d\'acceptation, mais une acceptation pour du mieux, pour plus de sécurité, pour plus de liens, pour plus de communautés. C\'est là aussi qu\'on a quelque chose à vivre et à apporter ensemble, en tant que communauté.
Éviter le désir de revanche pour pouvoir pardonner
[Stéphane] Je trouve que le défi là-dedans, en fait, c\'est d\'observer toutes ces étapes, de les vivre avec les gens, parce qu\'on fait partie de la population, c\'est normal.
En même temps, il faut arriver à faire le pas de côté pour proposer quelque chose d\'alternatif, quelque chose qui leur permette, individuellement, d’éviter la volonté de vengeance.
On veut que quelqu\'un paie pour cet acte incompréhensible, mais on oublie souvent dans la colère que ça ne ramène pas la personne disparue, ça ne ramène pas la situation d\'avant.
Par exemple, si quelqu\'un assassine mon fils, que la personne ait 5 ans de prison ou 4 000 ans de prison, mon fils n\'est plus là, il n\'est plus là. Il n\'y a rien qui change là-dedans.
C’est peut-être ça qui est si radical dans le message de Jésus qu\'on oublie cette radicalité. On est un peu parfois dans la loi du talion du Premier testament. Tu m\'as fait mal, je vais te faire mal, c\'est égal. Bon, parfait.
Jésus parle de pardonner à ses ennemis, de pardonner aux personnes qui ont fait du mal, qui ont peut-être été négligentes. Ce n\'est pas évident. C\'est facile en théorie. C\'est facile, les mots.
Mais lorsque ça vient nous chercher dans notre chair, lorsque ça vient nous chercher dans notre émotivité, là on parle de quelque chose d\'autre. Là on parle de quelque chose de profondément difficile, pénible.
Et c\'est quand même à ça que Jésus invite, c\'est-à-dire d’aller au-delà de cette émotion. Il ne dit pas de la nier, mais d\'aller au-delà, d\'avancer là-dedans.
Accueillir ses émotions durant et après les tragédies
[Sophie] En même temps, il y a cette notion d\'accueillir les émotions. Et c\'est vrai qu\'on sent qu\'à Lutry, en tout cas, il y a quelque chose de collectif qui se vit autour de ça.
On a vécu le choc avec le recueillement qu\'on a vécu le 3 janvier. On a vécu la tristesse avec la journée de deuil national où on sentait que les gens vivaient vraiment cette tristesse.
C\'était bouleversant pour moi d’animer ce moment de silence où on est resté debout et moi je me suis mise debout le dos à l\'assemblée pour être avec l\'assemblée vraiment, physiquement, et on était tous ensemble.
Tout le monde était derrière moi, mais c\'est comme si je pouvais sentir la tristesse et l\'émotion des gens qui étaient portées dans le temple pendant que les cloches sonnaient. On était tous debout en silence pendant que les cloches sonnaient.
Et samedi dernier, il y a eu une manifestation où là on était plutôt dans la colère de la part des familles, de la part des jeunes camarades de classe, des jeunes qui sont décédés, et il y avait vraiment ce mouvement de dire on veut des réponses, on veut des explications, etc.
Ça ne veut pas dire que ce cheminement-là est linéaire, on est bien d\'accord, dans ces différentes étapes.
Mais pour moi la colère a aussi quelque chose de fondamental dans la notion de la justice, de dire on aimerait des explications, aussi pour que ça ne se reproduise plus, qu\'est-ce qu\'on peut apprendre de cette situation-là. C\'est aussi un sentiment qui donne de l\'énergie.
La tristesse, ça dévaste. C\'est vraiment physique, on le voit chez les gens, ils sont anéantis comme ça, abattus.
Et la colère, c\'est aussi ce qui redonne l\'élan de dire: je veux continuer, comment est-ce que je peux continuer? On a vu aussi des parents d\'enfants décédés qui s\'engageaient pour soutenir d\'autres parents qui ont des enfants blessés, qui ont des enfants qui sont à l\'hôpital, etc.
En fait, il y a ce début d\'élan de reconstruction qui passe par la colère finalement, qui passe par cet élan-là.
En tant que pasteur, ce que je me dis aussi, c\'est qu\'on nous a beaucoup posé la question. Il y a plusieurs personnes qui sont venues vers moi, vers mes collègues, des journalistes qui cherchaient justement cette parole pour dire: qu\'est-ce qu\'on dit dans cette situation-là, qu\'est-ce qu\'on fait?
Alors, on a esquissé des réponses avec la présence, comme tu disais aussi Joan, au fond faire le prochain pas. Est-ce qu\'on peut aider à faire le prochain pas?
Ce n’est pas guérir les gens, mais quel est le petit élément que je peux apporter en plus qui va rencontrer les gens là où ils en sont, mais qui va essayer de les emmener un petit peu ailleurs en fait.
Ce qui m\'a frappée c\'était, en fait que ce n’est pas la foi qui aide pour la tragédie; c\'est la foi qui émerge de la tragédie.
Pour moi, le témoignage le plus fort, c\'est quand il y a les parents qui disent « mais je veux continuer. Pour l\'instant, je ne sais pas comment c\'est possible d\'aller plus loin dans ma vie parce que c\'était tellement tragique, mais j\'ai envie de faire le pas, de croire qu\'une vie est possible après avoir perdu mon enfant. »
Même chose pour les camarades de classe, on a vu des témoignages de jeunes qui étaient d\'une force incroyable de dire que je vais vivre pour toi que j\'ai perdu, pour mon copain qui est décédé dans l\'incendie, pour mon ami qui n\'est plus là et d\'avoir cet élan de vie finalement qui émerge de la tragédie et qui ne cherche pas à l\'expliquer mais pour moi c\'est ça à la fois au fond.
Donc j\'avais toujours envie de renvoyer la question, de retourner la question, de pouvoir voir l\'élan de vie qui se manifeste au cœur du chaos et du bouleversement.
Savoir que Dieu demeure avec nous tout au long des tragédies
[Stéphane] Je t\'écoute, Sophie, et l\'image qui me vient, c\'est un peu un combat de boxe. Je sais, ce n\'est pas très « pasteur ».
La vie est difficile. Des fois, on a l\'impression que la vie nous frappe tellement fort qu\'on n\'est plus capable de respirer, on est plié en deux, on est immobilisé.
J\'avais mis dans les notes, peut-être que je vais parler de Daniel, puis je vais en parler. J\'ai eu mon fils via le processus d\'adoption, et pour faire une histoire courte, à un moment on reçoit une photographie, et pour moi c\'était instantané, c\'était mon fils, il était encore l\'orphelinat, mais c\'était fait dans ma tête.
Et là, on a reçu quelques semaines plus tard un avis qu\'il y avait peut-être un problème au côté médical. Et si le problème se manifestait, l\'adoption était pour être annulée.
C’était quelque chose de totalement dévastateur dans ma vie, parce que pour moi c\'était fait, c\'était mon fils. Et c\'était, « est-ce que je vais pouvoir ramener mon fils à la maison? Sinon, qu\'est-ce qui va arriver à mon fils s\'il n\'est pas adopté? »
Ça a été des semaines de torture, de se demander, mais pourquoi tout ça? C\'était très, très dur. Et c\'est dans la réponse que la foi est venue. J\'ai vraiment aimé comment tu as dit ça, Sophie.
Un peu pour revenir au combat de boxe, c\'est la vie est difficile. On revient dans son coin et un peu comme Dieu est là pour « Ok, prends ton respire, tu es capable, reprends ton énergie, continue sur le bon chemin. » Et Dieu nous renvoie dans le chaos, nous renvoie dans les endroits qui font mal, nous renvoie affronter ce qui est difficile à affronter.
Ce n\'est pas Dieu qui protège, ce n\'est pas avoir la foi qui fait que c\'est nécessairement facile. C\'est comment on réagit à l\'épreuve, comment on réagit à l\'inexplicable, comment on réagit à des trucs qui nous font tellement mal qu\'on n\'est pas capable même de le verbaliser. C\'est là, je pense, que la foi peut aider dans ce qu\'on fait avec tout ça.
Conclusion
[Joan] Chers auditrices et chers auditeurs, cet épisode est un peu spécial. C\'est un peu un hommage aux victimes de Crans-Montana, à leurs familles, aux survivants, aux survivantes, à celles et ceux qui se battent encore dans les hôpitaux.
C\'est un hommage qui est porté par deux ministres de l\'Église réformée vaudoise, mais aussi par un collègue qui s\'associe à tout ça, de l\'Église Unie du Canada.
Et bien entendu, nous n\'oublions pas tous les autres collègues, toutes les autres communautés, toutes les autres familles qui se battent et qui luttent et nous espérons avec cet épisode-là avoir apporté un petit peu de dialogue, un petit peu de notre compassion et de notre profond, profond intérêt pour les personnes qui nous entourent et les situations qui se passent auprès et au loin.
[Stéphane] Merci beaucoup pour cet épisode, Joan et Sophie, et surtout Sophie pour le temps que tu as pris pour être avec nous.
On veut prendre quelques secondes pour remercier l\'Église Unie du Canada, notre commanditaire et son site internet Mon Credo qui relaie notre podcast, qui présente aussi des vidéos, des blogues sur des sujets de foi et de spiritualité.
Merci à Réforme qui relaie aussi notre podcast.
Si vous avez des questions, des suggestions, si vous voulez réagir à cet épisode, vous êtes d\'accord, vous êtes en désaccord, vous trouvez que peut-être qu\'on a manqué quelque chose d\'essentiel, dites-le-nous. Ah oui, on vous invitera d\'ailleurs dans un épisode.
[email protected].
On a un groupe WhatsApp aussi pour continuer les discussions. Tous les liens, toutes les informations sont dans les descriptions de nos épisodes.
Alors, bonne journée!
Que ce soit l’incendie du premier de l’an à Crans-Montana, en Suisse, ou la tuerie à Tumbler Ridge, au Canada, notre monde connaît constamment des tragédies qui nous laissent sans mot. Comment trouver un sens dans tout cela? Est-ce que la foi peut nous aider à nous relever?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane reçoivent la pasteure suffragante Sophie Maillefer de l’Église Évangélique Réformée du canton de Vaud, de la paroisse de Belmont-Lutry. Ensemble, ils et elles explorent le rôle que les Églises peuvent jouer et réfléchissent à l‘importance de se rassembler lors que les tragédies frappent nos communautés.
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[Joan] Aujourd\'hui, j\'aimerais vous présenter ma collègue qui est dans la même équipe de jeunes ministres. Oui, je fais partie des jeunes ministres dans l\'Église Réformée vaudoise et ça me donne ce privilège de connaître Sophie Maillefer qui est là avec nous aujourd\'hui. Sophie, bienvenue!
[Sophie] Bonjour, merci pour l\'invitation.
[Joan] Sophie, tu veux peut-être te présenter toi-même, dire quelques mots sur qui tu es, où est-ce que tu exerces le ministère.
[Sophie] Je suis pasteure suffragante, c\'est-à-dire encore non consacrée, au sein de l\'Église Évangélique Réformée du canton de Vaud. Donc, comme tu l’as très bien dit, Joan, on travaille pour la même Église actuellement. Et je suis à Lutry, dans la paroisse de Belmont-Lutry.
[Joan] La paroisse de Belmont-Lutry qui se trouve, est-ce qu\'on appelle ça La Riviera?
[Sophie] Non, c\'est dans le Lavaux.
[Joan] Dans le Lavaux, ah oui, c\'est là où il y a les belles vignes.
Et ce n\'est pas si loin, si loin du Valais, c\'est la raison pour laquelle on t\'a invitée aujourd\'hui, Sophie; parce que, d\'une façon ou d\'une autre, votre paroisse est complètement partie prenante de tout ce qui se vit autour du drame du 1er janvier qui s\'est passé à Crans-Montana.
La tragédie de l’incendie de Crans-Montana
[Sophie] Oui, alors on a eu effectivement un incendie en Suisse à Crans-Montana et puis dans notre paroisse il y a, enfin dans la commune disons, il y a huit jeunes qui sont décédés et encore un certain nombre sont à l\'hôpital, des suites de cet incendie.
C\'est un peu dans ce cadre-là et vis-à-vis de tout ce que j\'ai pu vivre aussi en tant que ministre, tout ce que j\'ai pu entendre, tout ce que j\'ai pu partager sur les réseaux sociaux que j\'ai trouvé important.
[Joan] On a avec nous une ministre qui est au cœur de cet accompagnement, de cette tragédie qui a touché la Suisse.
Et cette tragédie qui a aussi activé, réactivé plein, plein, plein de choses que je trouve intéressantes qu\'on parle aujourd\'hui. Chez vous Stéphane, actuellement, il n\'y a pas eu un grand drame qui a mobilisé les Églises.
Les tragédies font-elles partie du plan de Dieu?
[Stéphane] Un peu comme partout, il y a des drames, il y a des choses qui frappent l\'imagination.
Je pense, cette année, c\'est le 9e anniversaire, si je peux utiliser le terme anniversaire, d\'une fusillade à la grande mosquée de la ville de Québec, où quelqu\'un, malheureusement, est rentré dans la mosquée à une heure de prière et a commencé à tirer. Il y a des gens qui sont décédés.
Et ça amène toujours la question, mais pourquoi?
Oui, il y a des gens qui sont radicalisés. Oui, il y a des gens qui sont un peu dérangés. Mais ces personnes-là qui ont été blessées, ces personnes-là qui ont été tuées, on se demande, qu\'est-ce qu\'ils ont fait?
Ils n\'ont pas mérité ça. Ce sont des personnes totalement innocentes qui, malheureusement, sont au mauvais endroit au mauvais moment.
Mais ça ramène toujours la question du plan de Dieu. Et c\'est avec ça que j\'ai de la difficulté lorsque les gens disent « Ah, ça fait partie de la volonté de Dieu, ça fait partie du grand plan de Dieu, il y a une raison derrière ça ».
Je peux comprendre qu\'en temps de crise, on essaye de trouver un sens à la douleur, mais moi, j\'ai toujours l\'impression que Dieu ne fonctionne pas selon la logique humaine. Le plan de Dieu appartient à Dieu et je ne pense pas qu\'on peut le comprendre.
J\'ai de la difficulté lorsqu\'il y a des personnes qui essayent de trouver ou qui essayent de proposer des explications logiques.
Accompagner les familles durant les tragédies
[Sophie] Justement, c\'est ce qu\'on a essayé d\'éviter à Lutry, dans la manière dont on a accompagné les familles et puis aussi la communauté qui se posait beaucoup de questions et qui était très touchée par ce qui a été vécu.
Ça a vraiment été vécu à Lutry comme une rupture sociale, vraiment, parce qu\'il y a un vide, il y a vraiment cette disparition de jeunes, ça a vraiment impacté le tissu social. On était en phase avec la douleur des familles.
Du côté de la paroisse, ce qu\'on a essayé de mettre en place, c\'est justement une présence qui se tient auprès de ce vide, qui ne propose pas des réponses, mais qui est dans l\'ouverture d\'un espace, dans l\'ouverture d\'une présence, dans la solidarité commune, pour se tenir ensemble dans ces questionnements, dans cette douleur.
C\'est pour ça qu\'on a organisé un temps de recueillement, d\'abord le 3 janvier, assez rapidement en fait, quand on ne savait pas encore exactement tout ce qui s\'était passé.
Et puis on a proposé des temps de silence, des temps de prière, mais il n\'y avait pas de message, il n\'y avait pas de parole nécessairement qui cherchait à expliquer ou à donner une raison comme ça.
Les liens qui se forment après les tragédies
[Joan] Oui, parce que ce qu\'on a vécu, c\'est vraiment un élan de la population vers les Églises, n\'est-ce pas?
À Lutry tout particulièrement, j\'ai vu sur Instagram ces centaines de bougies, ces centaines de fleurs qui ont été déposées devant le temple, mais aussi un peu partout sur le territoire. La Suisse est un tout petit pays, il y a 9 millions d\'habitants, 26 cantons, les gens sont souvent assez interconnectés.
J\'ai découvert que l\'une des copines de classe de gymnase de ma fille de 16 ans, c\'est cette classe d\'âge qui a été massivement touchée, était copine avec l\'un des jeunes qui est mort cette nuit-là. Elle a manqué l\'école et elle a expliqué que: moi je suis allée justement à Lutry.
Et donc j\'ai pensé à toi, je me suis dit oh mais c\'est incroyable ce lien qui se noue dans ce petit territoire où tout le monde est interconnecté avec tout le monde et où, du coup, il a été nécessaire dans tout plein d\'endroits d\'ouvrir des églises, d\'ouvrir des espaces, d\'ouvrir des permanences aussi. Et je crois que vous avez pas mal œuvré en ce sens aussi.
[Sophie] Oui, c\'est ça qui était vraiment intéressant et fort et profond en fait, c\'est que tout le monde a œuvré dans ce sens-là, dans le sens où ce n\'était pas la partie des pasteurs seulement, c\'était toute la commune, c\'était aussi des paroissiennes qui se sont mobilisées, qui se sont rendues compte les premières que Lutry avait été très touchée, que la paroisse devait faire quelque chose.
Donc il y a vraiment cet enjeu-là de quelque chose de commun qui a été porté collectivement.
Je pense que ça dit déjà beaucoup de ce qu\'on peut vivre en tant qu\'humain et de ce qui aide aussi au cœur d\'une tragédie comme ça.
Le besoin de se regrouper autour de l’Église après les tragédies
[Stéphane] On a souvent parlé dans notre podcast comment l\'Église est capable de créer la communauté. Souvent, moi je l\'ai vu, comme vous, comme plein de gens à l\'écoute, je suis sûr. Lorsqu\'il y a une tragédie, on a tendance à aller à l\'église, à se réunir autour de l\'église.
Peut-être dans les grandes mégapoles, c\'est plus difficile, mais lorsqu\'on a des communautés à l\'échelle humaine, je pourrais dire que c\'est le réflexe, on veut être ensemble.
Je pense que c\'est un bon enseignement pour l\'Église, parce que oui, il y a la théologie, oui, il y a le sacré, oui, il y a les rites.
Mais je crois qu\'il y a ce besoin d\'être ensemble.
Peut-être qu\'on a sous-estimé ça, ou peut-être qu\'on a tendance à mettre ça en bas de la liste des priorités, mais créer communauté, faire communauté dans les moments de joie, dans les moments de tristesse, dans les tragédies, dans les célébrations, il y a quelque chose de profondément humain là-dedans.
* Photo de Diego Céspedes Cabrera, unsplash.com. Utilisée avec permission.
Le témoignage de foi des personnes après les tragédies
[Sophie] Pour moi, pour aller dans cette direction-là, j\'ai eu l\'impression que... Alors oui, il y a le lieu de l\'église, le lieu symbolique du temple qui a fait que les gens se sont réunis, où il y a une dimension aussi un peu transcendante d\'un témoignage qui nous dépasse, un lieu aussi où des personnes vont se recueillir déjà depuis des siècles en fait.
En même temps, il y a la communauté. Ce sont les gens qui se réunissent qui deviennent l\'Église finalement et qui deviennent une communauté qui va espérer ensemble, qui va prier dans des événements aussi tragiques, du cri de désespoir, de l\'espérance que les gens s\'en sortent, de l\'incompréhension, n\'est facilement une prière finalement.
On est confronté tellement à l\'impuissance, à des questionnements humains sur le sens de ce qu\'on est en train de vivre, de ce qu\'on n\'arrive pas à intégrer, que finalement on n\'est plus tellement en train de se poser la question est-ce que c\'est croyant ou non croyant.
D\'ailleurs à Lutry c\'était frappant, il y a des centaines de messages qui ont été déposés. Certains adressaient aux familles, certains adressaient aux personnes qui sont décédées.
Il y avait énormément de prières, des mots qui disent quelque chose d\'une espérance. Ce n\'est pas des gens qui vont nécessairement à l’église. Mais il y avait cet élan de dire, je crois, que les personnes qui sont parties sont en paix. Je crois qu\'ils veillent sur nous.
Il y avait des témoignages dans pratiquement, en tout cas dans la majorité des messages qui ont été déposés à Lutry.
Moi je les ai tous lus, parce qu\'on les a triés ensuite pour pouvoir rendre aux familles une partie dans tous ces messages. Et puis les autres ont été déposés dans un lieu où ils peuvent être consultés.
Donc, on a eu à cœur de faire cette démarche-là et c\'était frappant de voir qu\'en fait l\'Église ne détient pas la foi. L\'Église est composée de personnes qui témoignent de cette foi au quotidien et parfois c\'est avec des gens qui ne fréquentent pas les paroisses qu\'on est le plus fort en communion pour ce témoignage.
Trouver des temps pour se rassembler
[Joan] C\'est quelque chose qu\'on a vécu aussi de très fort lorsqu\'il y a eu la journée du deuil national. Si je me souviens bien, c\'était le 9 janvier, un vendredi, et moi je me trouvais à Yverdon-Temple, deuxième plus grande ville du canton.
Et c\'est marrant parce qu\'on a ouvert l\'église à partir de 9h30, mais officiellement le culte était à 10h. Il y avait déjà une foule à 9h30. Et les personnes qui sont arrivées ont commencé par demander le pasteur.
Donc ce qui était prévu, c\'est que les cloches sonnent à 14h. Ça, c\'était tout à fait prévu. Puis je comprends que la population doutait qu\'il y ait quelque chose au temple protestant réformé. Mais par contre, ce n\'était pas tout à fait clair si on allait faire la retransmission ou pas en direct des moments qui avaient lieu en Valais, du recueillement officiel.
Et donc le pasteur a reçu plein, plein de demandes, alors il m\'a dit bon ben je crois qu\'on va vraiment le mettre en place. Heureusement que j\'ai tout ce qu\'il faut. J\'ai dit oui, je crois vraiment là qu\'on est attendu.
Et puis un petit peu avant 14h, c\'était fou, ce temple était rempli, rempli, rempli. Les policiers sont venus. Les pompiers sont venus. Tout le monde était là en bleu de travail avec le caddie de course, avec la poussette, avec le chien même.
Tout le monde est venu là, s\'est recueilli, et puis c\'était tellement émouvant, puisque cet hommage national, il y avait une partie aussi avec un petit reportage, et on voyait les drones sur les différents clochers réformés romands qui partout sonnaient en même temps. Alors, c\'était incroyable parce qu\'il y avait un sentiment du peuple qui était uni autour des clochers.
Alors c\'est un sentiment bien sûr un peu subjectif, un peu relatif, peut-être même un peu romantique, mais qui finalement était tellement réconfortant. Peu importe le côté cliché, c\'était tellement réconfortant.
Et c\'est une sensation qu\'on ressent peu au quotidien, qui ne nous arrive finalement pas aussi fortement au quotidien.
Donc c\'est là que je vous rejoins aussi tous les deux, finalement c\'est important de trouver des temps pour se rassembler, et si c\'est au moment des deuils, c\'est au moment des deuils, mais je crois qu\'on va aussi réfléchir dans l\'ERV, proposer des temps de rassemblement un peu alternatifs, qui permettent de rester dans cet élan de ce besoin d\'être ensemble.
L’injustice des situations
[Stéphane] Je suis d\'accord qu\'il faut être réconfortant et en même temps, il faut être capable de dire les choses telles qu\'elles sont.
J\'ai lu un excellent article qui disait que le prêtre, le pasteur, le leader religieux avaient un peu la mission de mettre le doigt là où ça fait mal, parfois entre l\'arbre et l\'écorce, ne pas nécessairement toujours mettre ça merveilleux. Être capable d\'affirmer que oui, il y a des choses qui se passent comme ça.
Je pense au livre du rabbin Harold Kushner, «When bad things happen to good people», qui a réfléchi sur la mort de son fils qui était enfant. Lui, il est rabbin, il est supposé être la bonne personne croyante, mais ça ne l\'a pas empêché de vivre une épreuve horrible.
Je pense qu\'il y a aussi ce besoin parfois de mettre des mots sur l\'émotion. Un peu peut-être crever l\'abcès.
J\'ai été à des funérailles pour un pasteur de l\'Église Unie qui s\'était suicidé. Toute la liturgie était belle, positive, mais les gens avaient des questions. Si un pasteur se suicide, quel genre d\'espoir peut-il y avoir pour nous, simples croyants?
Je peux comprendre qu\'on n\'a pas nécessairement toutes les réponses, mais il faut être conscient de ça. Il faut être conscient qu\'il y a des gens qui sont décontenancés, qui ont peut-être une théologie ou une vision du monde telle que si on prie suffisamment, si on fait les bons rites religieux, on a une meilleure vie. Ce n\'est pas comme ça que ça fonctionne.
C’est peut-être pour ça que j\'adore tant le livre de Job. Job, dans le Premier testament, au début, il est riche, il prospère, il fait toutes, toutes, toutes, toutes, toutes les bonnes choses.
Et bon, là, on parle dans le récit, là, d\'un pari entre Dieu et Satan, tout s\'écroule. Personne ne comprend pourquoi cela arrive.
On dit à Job « Non, mais tu as dû faire quelque chose de mal, peut-être que tu ne t\'en es pas rendu compte, mais ton malheur s\'explique. » Non, son malheur ne s\'explique pas, c\'est la vie, c\'est ça qui arrive.
Donc, il faut être capable, je pense, en tant que leader religieux, pas nécessairement de mettre du sel sur la plaie, mais d\'être capable de dire « Oui, je suis conscient de ce que vous vivez. Oui, je suis conscient de l\'émotion. Puis oui, c\'est injuste. Et oui, ça ne devrait pas se passer comme ça. »
Reconnaître notre impuissance devant les tragédies
[Sophie] C\'est vraiment cette démarche-là qui a été vécue à Lutry. Moi, je me souviens du moment de recueillement où, dans l\'introduction, on a commencé par « nous sommes sous le choc ».
Et c\'était la même chose du côté de la prière qui a été écrite, parce qu\'il y a une prière qui a circulé dans toutes les paroisses du canton de Vaud, qui a été écrite de façon commune avec la communauté israélite, l\'Église catholique et l\'Église réformée.
Ça commence par ces mots. « Oh Dieu, face à l\'ampleur de la tragédie survenue à Crans, les souffrances des uns et des autres et notre sentiment d\'impuissance, nous commençons par faire silence devant toi. »
Donc il y avait vraiment cette notion de dire, on commence par se taire, on commence par être là dans ce sentiment d\'impuissance et on n\'est pas en train de chercher à justifier ou à finalement dire que tout ça avait du sens.
Finalement, c\'est aussi ce qu\'on fait quand on accompagne les familles en tant que pasteur dans les cérémonies d\'adieu, les services funèbres, les cérémonies d\'hommage, etc.
On dit que Dieu se tient avec nous dans ce qu\'on vit, mais on n\'est pas en train d\'expliquer plus que ça, finalement.
On n\'est pas en train de dire que Dieu avait tout planifié, que ça se passe comme ça, si les gens étaient gravement malades ou autre.
Les étapes du déni et de la colère
[Joan] Moi j\'ai un petit peu observé, puisque c\'était un tout petit peu plus facile pour moi d\'observer, n\'étant que suis Suissesse d\'adoption depuis à peine cinq ans, les mouvements de la population.
Vous pouvez accueillir aussi ce que les gens me disaient sur leur inquiétude en fait pour les jeunes maintenant, sur les traumas que ça peut aussi faire remonter.
Une dame, comme ça, à Yverdon-Temple, m\'a dit « ah moi, mon fils c\'est un grand brûlé, il est rescapé ». Voilà, donc il y a toutes sortes de choses.
C’était très intéressant de remarquer combien les personnes étaient dans une forme de déni immédiat, c\'est-à-dire de dire « mais comment ça peut arriver en Suisse? »
C\'est l\'étape du déni. Alors, il n\'y a pas une étape linéaire. Ce n\'est pas 1, 2, 3, 4, 5, mais ça en fait partie.
Même dans notre groupe de prière de parents, ici dans la paroisse, à Courcelle-près-Payernes, il y a une maman qui a dit très spontanément « Moi, je n\'aurais jamais cru que ça pouvait arriver en Suisse. Les autres pays, on a l\'habitude, mais chez nous, il ne se passe jamais ça. » Donc il y a ce côté un peu déni.
Et puis après, j\'ai vu beaucoup de colère. C\'était la faute des propriétaires, des Corses en plus, des Français, ça, c\'est vraiment embêtant. C\'était la faute du Valais, parce que ce n\'était pas organisé comme il faut. C\'était la faute des pompiers qui auraient dû intervenir plus tôt ou autrement. C\'était la faute des parents qui n\'auraient pas dû laisser les enfants ressortir.
C’est là que l’on comprend qu\'en fait, on est en train de vivre un deuil collectif. Et comme nous on a les outils pour l\'appréhender, comme vous disiez tous les deux, qu\'est-ce qu\'on peut proposer dans cette tragédie, qu\'il soit de l\'ordre de la foi?
En même temps, pourquoi forcer les étapes? Si les personnes ont besoin de passer par le déni, par la colère.
Après, il y a un peu une notion de marchandage, dans le sens où on espère pouvoir sauver un maximum de jeunes. Là, on voit que ce n\'est pas si simple. Il y a déjà un jeune qui, malheureusement, est décédé. On les dispatche dans les meilleurs hôpitaux.
Et forcément, il y a un moment donné où toute cette pression va sortir, ce moment de dépression. Peut-être que tu l\'as déjà observé un peu sur le terrain, Sophie. Peut-être que ça va se répercuter d\'autres façons dans cette génération-là. Peut-être qu\'on va avoir des épisodes, des difficultés.
Puis à un moment donné, collectivement, on arrivera à une sorte d\'acceptation, mais une acceptation pour du mieux, pour plus de sécurité, pour plus de liens, pour plus de communautés. C\'est là aussi qu\'on a quelque chose à vivre et à apporter ensemble, en tant que communauté.
Éviter le désir de revanche pour pouvoir pardonner
[Stéphane] Je trouve que le défi là-dedans, en fait, c\'est d\'observer toutes ces étapes, de les vivre avec les gens, parce qu\'on fait partie de la population, c\'est normal.
En même temps, il faut arriver à faire le pas de côté pour proposer quelque chose d\'alternatif, quelque chose qui leur permette, individuellement, d’éviter la volonté de vengeance.
On veut que quelqu\'un paie pour cet acte incompréhensible, mais on oublie souvent dans la colère que ça ne ramène pas la personne disparue, ça ne ramène pas la situation d\'avant.
Par exemple, si quelqu\'un assassine mon fils, que la personne ait 5 ans de prison ou 4 000 ans de prison, mon fils n\'est plus là, il n\'est plus là. Il n\'y a rien qui change là-dedans.
C’est peut-être ça qui est si radical dans le message de Jésus qu\'on oublie cette radicalité. On est un peu parfois dans la loi du talion du Premier testament. Tu m\'as fait mal, je vais te faire mal, c\'est égal. Bon, parfait.
Jésus parle de pardonner à ses ennemis, de pardonner aux personnes qui ont fait du mal, qui ont peut-être été négligentes. Ce n\'est pas évident. C\'est facile en théorie. C\'est facile, les mots.
Mais lorsque ça vient nous chercher dans notre chair, lorsque ça vient nous chercher dans notre émotivité, là on parle de quelque chose d\'autre. Là on parle de quelque chose de profondément difficile, pénible.
Et c\'est quand même à ça que Jésus invite, c\'est-à-dire d’aller au-delà de cette émotion. Il ne dit pas de la nier, mais d\'aller au-delà, d\'avancer là-dedans.
Accueillir ses émotions durant et après les tragédies
[Sophie] En même temps, il y a cette notion d\'accueillir les émotions. Et c\'est vrai qu\'on sent qu\'à Lutry, en tout cas, il y a quelque chose de collectif qui se vit autour de ça.
On a vécu le choc avec le recueillement qu\'on a vécu le 3 janvier. On a vécu la tristesse avec la journée de deuil national où on sentait que les gens vivaient vraiment cette tristesse.
C\'était bouleversant pour moi d’animer ce moment de silence où on est resté debout et moi je me suis mise debout le dos à l\'assemblée pour être avec l\'assemblée vraiment, physiquement, et on était tous ensemble.
Tout le monde était derrière moi, mais c\'est comme si je pouvais sentir la tristesse et l\'émotion des gens qui étaient portées dans le temple pendant que les cloches sonnaient. On était tous debout en silence pendant que les cloches sonnaient.
Et samedi dernier, il y a eu une manifestation où là on était plutôt dans la colère de la part des familles, de la part des jeunes camarades de classe, des jeunes qui sont décédés, et il y avait vraiment ce mouvement de dire on veut des réponses, on veut des explications, etc.
Ça ne veut pas dire que ce cheminement-là est linéaire, on est bien d\'accord, dans ces différentes étapes.
Mais pour moi la colère a aussi quelque chose de fondamental dans la notion de la justice, de dire on aimerait des explications, aussi pour que ça ne se reproduise plus, qu\'est-ce qu\'on peut apprendre de cette situation-là. C\'est aussi un sentiment qui donne de l\'énergie.
La tristesse, ça dévaste. C\'est vraiment physique, on le voit chez les gens, ils sont anéantis comme ça, abattus.
Et la colère, c\'est aussi ce qui redonne l\'élan de dire: je veux continuer, comment est-ce que je peux continuer? On a vu aussi des parents d\'enfants décédés qui s\'engageaient pour soutenir d\'autres parents qui ont des enfants blessés, qui ont des enfants qui sont à l\'hôpital, etc.
En fait, il y a ce début d\'élan de reconstruction qui passe par la colère finalement, qui passe par cet élan-là.
En tant que pasteur, ce que je me dis aussi, c\'est qu\'on nous a beaucoup posé la question. Il y a plusieurs personnes qui sont venues vers moi, vers mes collègues, des journalistes qui cherchaient justement cette parole pour dire: qu\'est-ce qu\'on dit dans cette situation-là, qu\'est-ce qu\'on fait?
Alors, on a esquissé des réponses avec la présence, comme tu disais aussi Joan, au fond faire le prochain pas. Est-ce qu\'on peut aider à faire le prochain pas?
Ce n’est pas guérir les gens, mais quel est le petit élément que je peux apporter en plus qui va rencontrer les gens là où ils en sont, mais qui va essayer de les emmener un petit peu ailleurs en fait.
Ce qui m\'a frappée c\'était, en fait que ce n’est pas la foi qui aide pour la tragédie; c\'est la foi qui émerge de la tragédie.
Pour moi, le témoignage le plus fort, c\'est quand il y a les parents qui disent « mais je veux continuer. Pour l\'instant, je ne sais pas comment c\'est possible d\'aller plus loin dans ma vie parce que c\'était tellement tragique, mais j\'ai envie de faire le pas, de croire qu\'une vie est possible après avoir perdu mon enfant. »
Même chose pour les camarades de classe, on a vu des témoignages de jeunes qui étaient d\'une force incroyable de dire que je vais vivre pour toi que j\'ai perdu, pour mon copain qui est décédé dans l\'incendie, pour mon ami qui n\'est plus là et d\'avoir cet élan de vie finalement qui émerge de la tragédie et qui ne cherche pas à l\'expliquer mais pour moi c\'est ça à la fois au fond.
Donc j\'avais toujours envie de renvoyer la question, de retourner la question, de pouvoir voir l\'élan de vie qui se manifeste au cœur du chaos et du bouleversement.
Savoir que Dieu demeure avec nous tout au long des tragédies
[Stéphane] Je t\'écoute, Sophie, et l\'image qui me vient, c\'est un peu un combat de boxe. Je sais, ce n\'est pas très « pasteur ».
La vie est difficile. Des fois, on a l\'impression que la vie nous frappe tellement fort qu\'on n\'est plus capable de respirer, on est plié en deux, on est immobilisé.
J\'avais mis dans les notes, peut-être que je vais parler de Daniel, puis je vais en parler. J\'ai eu mon fils via le processus d\'adoption, et pour faire une histoire courte, à un moment on reçoit une photographie, et pour moi c\'était instantané, c\'était mon fils, il était encore l\'orphelinat, mais c\'était fait dans ma tête.
Et là, on a reçu quelques semaines plus tard un avis qu\'il y avait peut-être un problème au côté médical. Et si le problème se manifestait, l\'adoption était pour être annulée.
C’était quelque chose de totalement dévastateur dans ma vie, parce que pour moi c\'était fait, c\'était mon fils. Et c\'était, « est-ce que je vais pouvoir ramener mon fils à la maison? Sinon, qu\'est-ce qui va arriver à mon fils s\'il n\'est pas adopté? »
Ça a été des semaines de torture, de se demander, mais pourquoi tout ça? C\'était très, très dur. Et c\'est dans la réponse que la foi est venue. J\'ai vraiment aimé comment tu as dit ça, Sophie.
Un peu pour revenir au combat de boxe, c\'est la vie est difficile. On revient dans son coin et un peu comme Dieu est là pour « Ok, prends ton respire, tu es capable, reprends ton énergie, continue sur le bon chemin. » Et Dieu nous renvoie dans le chaos, nous renvoie dans les endroits qui font mal, nous renvoie affronter ce qui est difficile à affronter.
Ce n\'est pas Dieu qui protège, ce n\'est pas avoir la foi qui fait que c\'est nécessairement facile. C\'est comment on réagit à l\'épreuve, comment on réagit à l\'inexplicable, comment on réagit à des trucs qui nous font tellement mal qu\'on n\'est pas capable même de le verbaliser. C\'est là, je pense, que la foi peut aider dans ce qu\'on fait avec tout ça.
Conclusion
[Joan] Chers auditrices et chers auditeurs, cet épisode est un peu spécial. C\'est un peu un hommage aux victimes de Crans-Montana, à leurs familles, aux survivants, aux survivantes, à celles et ceux qui se battent encore dans les hôpitaux.
C\'est un hommage qui est porté par deux ministres de l\'Église réformée vaudoise, mais aussi par un collègue qui s\'associe à tout ça, de l\'Église Unie du Canada.
Et bien entendu, nous n\'oublions pas tous les autres collègues, toutes les autres communautés, toutes les autres familles qui se battent et qui luttent et nous espérons avec cet épisode-là avoir apporté un petit peu de dialogue, un petit peu de notre compassion et de notre profond, profond intérêt pour les personnes qui nous entourent et les situations qui se passent auprès et au loin.
[Stéphane] Merci beaucoup pour cet épisode, Joan et Sophie, et surtout Sophie pour le temps que tu as pris pour être avec nous.
On veut prendre quelques secondes pour remercier l\'Église Unie du Canada, notre commanditaire et son site internet Mon Credo qui relaie notre podcast, qui présente aussi des vidéos, des blogues sur des sujets de foi et de spiritualité.
Merci à Réforme qui relaie aussi notre podcast.
Si vous avez des questions, des suggestions, si vous voulez réagir à cet épisode, vous êtes d\'accord, vous êtes en désaccord, vous trouvez que peut-être qu\'on a manqué quelque chose d\'essentiel, dites-le-nous. Ah oui, on vous invitera d\'ailleurs dans un épisode.
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Alors, bonne journée!

