Wed 21 Jan 2026
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Question de croire

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Question de croire


Quelle est l’utilité des dogmes dans l’Église?
 
Les dogmes sont les vérités fondamentales d’une Église. Alors, pourquoi les Églises chrétiennes ont-elles des dogmes différents?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent la différence entre une confession de foi et une profession de foi et se demandent comment une confession de foi devient une doctrine.
 
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* Photo de Rhamely, unsplash.com. Utilisée avec permission.
 
 
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui s\'intéresse à la foi et la spiritualité, une question à la foi. Cette semaine, quelle est l\'utilité des dogmes dans l\'Église?
Bonjour Stéphane, bonjour à chacun, chacune qui nous écoute. Bonjour Joan.
 
La différence entre confession de foi et profession de foi
 
[Joan] Alors, quelle est l\'utilité des dogmes dans l\'Église? Écoute, figure-toi que les dogmes, moi, ça me fait beaucoup penser à confessions de foi. Je me rappelle, d\'une fois, lorsqu\'on était en train de préparer une célébration commune, ça doit être pour un événement un tout petit peu touchy, sur des questions queer, LGBT, bénédiction d\'union, je ne sais plus très bien.
On réfléchit à plusieurs sur comment faire un culte. Et là, le truc est assez cocasse. On avait beaucoup de gens qui étaient contre la bénédiction des couples de même genre, et nous, on était un petit groupe où on était plutôt pour.
Mais là, d\'un coup, je vois devant moi des emails arriver. Il y a une dizaine d\'années, en France en tout cas, on n\'avait pas encore beaucoup de politiques de professionnalisme sur les emails. Les gens écrivaient les emails comme s\'ils s\'engueulaient dans la rue.
Et donc, il y en a un qui dit à l\'autre, moi, vraiment, je suis en profond désaccord théologique avec ce que tu as proposé là. Ça me heurte et ça me choque. Je lui dis, voilà, mais qu\'est-ce qui se passe? Je pensais qu\'on était un peu alignés sur ces questions-là.
Et l\'autre qui lui dit, mais pourtant, ce sont des textes que j\'ai trouvés sur, mettons, le web de l\'Église Protestante Unie du Canada, je les ai traduits. Il lui répond, mais tu sais bien qu\'on est Luthériens, on ne peut pas être d\'accord avec ça. Je me dis, mais j\'hallucine, mais qu\'est-ce qui est en train de se passer?
Et en fait, c\'est parce que le pasteur en question voulait qu\'on choisisse une confession de foi, une de celles qui ont été actées au courant des siècles par les organes décisionnels, et le brave ou la brave collègue, je ne me rappelle plus du détail, est allé chercher une profession de foi.
 
Et donc s\'en vient là un point de cours sur l\'importance de ne pas confondre ces deux choses et puis une réserve de la part de ce collègue qui du coup se réservait quant à sa participation à cette liturgie qui ne respecte même pas les fondements de l\'Église alors qu\'on était vraiment en train de discuter des questions assez queer quand même, donc je ne m\'y attendais pas sur le moment.
Et c\'est là que tu dis, mais en fait, il y a des choses qui nous constituent. Il y a des gens qui disent, je veux bien réfléchir à des nouveaux cas de figure, couples de même genre, mais j\'aimerais garder mes choses fixes, ma base, mes racines en fait.
[Stéphane] Quelle est la différence entre une profession de foi et une confession de foi ?
[Joan] Je me souviens qu\'on avait un peu travaillé en cours à la fac, mais je ne pensais pas que ça allait véritablement me servir un jour. J\'allais réfléchir à ça dans le cadre d\'un conflit entre collègues.
Mais c\'est vrai que la confession de foi engage toute l\'Église. Elle est normative et puis d\'un côté elle est aussi délimitante. Elle dit ce qu\'on croit et ce qu\'on ne croit pas. C\'est quelque chose d\'assez figé.
La profession de foi, c\'est plus un acte personnel, collectif, moins normatif. C\'est plus contextuel, plus circonstanciel, donc ça jouait plutôt bien sur les questions LGBT ou queer. Mais c\'est vrai que ça n\'engage pas l\'Église en son ensemble, puisque ça n\'a pas été décidé par un organe, un synode, une réunion, un concile, un que sais-je.
Mais d\'un autre côté, fun fact, il y a des confessions de foi historique qui n\'intéressent vraiment pas beaucoup les gens. D\'ailleurs, la plupart des confessions de foi historique, avouons-le, moi-même, des fois, je m\'embrouille un peu. Je suis là, Nice et Constantinople, attends, c\'est laquelle des deux de nouveau?
Alors qu\'il y a des confessions de foi qui sont plutôt des poèmes, des cris du cœur, comme J\'ai un rêve, « I have a dream » de Martin Luther King. Et maintenant, je veux dire un mariage sur deux, qu\'il soit queer ou pas d\'ailleurs, les gens viennent avec ce texte. Et donc tu te dis, est-ce que c\'est une confession de foi ou est-ce que c\'est une confession de foi? C\'est la réception finalement qui donne sa légitimité au texte.
 
Une Église qui ne s’appuie pas sur des dogmes rigides
 
[Stéphane] C\'est très intéressant toute cette notion de confession de foi parce que l\'Église Unie du Canada est une créature un peu bizarre du fait qu\'elle est l\'union organique entre des méthodistes, des presbytériens, des congrégationalistes, et des Églises indépendantes. Il a fallu établir une doctrine officielle pour cette nouvelle Église.
Et il y a eu cette idée que chaque génération est invitée à écrire une nouvelle confession de foi, plus contextuelle, plus de son temps.
Pour être pasteur, il faut être en accord avec la doctrine de l\'Église Unie du Canada. Ça vient un peu de la tradition presbytérienne. À cette époque, ils devaient être en accord avec la confession de Westminster, mais les congrégationalistes ne voulaient rien savoir de ça, donc il y a eu ce terme « accord essentiel ». Donc, il faut le dire, essentiellement, je suis d\'accord avec ça.
Le truc, la doctrine offre une théologie du début du 20e siècle. Il y avait des pasteurs qui sont plus ou moins confortables avec tout ça. Il y a eu une demande officielle que l\'Église Unie retire la doctrine officielle. On s\'est fait expliquer, puis là, j\'oublie les détails, c\'était très technique, qu\'on ne pouvait pas. Donc, on a, dans la doctrine, ajouté les trois autres confessions de foi écrites par l\'Église Unie du Canada.
Donc, il faut être en accord essentiel avec l\'un de ces quatre textes-là. Ça fait un peu un buffet. On peut choisir ce qu\'on veut.
Le petit problème pour certains, c\'est que cet accord essentiel n\'a jamais été défini. Un pasteur en devenir a juste besoin de dire « oui, j\'en ai un accord essentiel » et ça fonctionne. Et jamais au cours de son parcours, on lui demande « es-tu encore en accord essentiel avec la doctrine de l\'Église Unie? »
Tout ça pour démontrer que l\'Église Unie n\'est pas une église qui est fondée sur des dogmes très rigides. C\'est un peu déstabilisant pour quelqu\'un qui, comme moi, vient d\'une Église catholique romaine, où c\'est très strict. C\'est « voici l\'interprétation, que tu sois d\'accord, que tu ne sois pas d\'accord, on s\'en fout, c\'est ça la façon que ça fonctionne ». Je caricature un peu, mais à peine.
Passez à une Église qui, la réponse, c\'est toujours, ça dépend. Es-tu en d\'accord? Qu\'est-ce que tu en penses? C\'est un cheminement mental que j\'ai dû faire lorsque j\'ai changé d\'Église. Et que plusieurs personnes doivent faire ou ont de la difficulté à comprendre.
 
[Joan] J\'aime bien cette notion, finalement, de buffet, puisque ça oblige à la curiosité et ça amène les candidats, les candidates à lire des textes, à s\'interroger. Parce que moi, je suis un petit peu comme toi, souvent à me dire, mais quand est-ce qu\'on parle de nouveau de théologie?
Il y a toute cette période où on est scruté.  Moi, je repasse par cette période ici en Suisse. C\'est intéressant, c\'est stimulant. Et puis après, finalement, tu peux faire 30 ans, 40 ans. On te redemandera plus grand chose.
Et puis d\'ailleurs, du reste, en Alsace, moi j\'étais assez frappée, choquée par un collègue qui a été ordonné comme pasteur luthérien et qui très peu de temps après, un ou deux ans, est parti chez les Luthériens du synode du Missouri.
On a quelques petites communautés de luthériens du synode du Missouri, c\'est vraiment une curiosité locale. Et il est parti et personne ne lui a rien dit. Et moi, je m\'en suis un peu plainte en disant qu\'en fait, on l\'a ordonné selon justement nos textes symboliques à nous, luthériens.
Comment se fait-il que personne n\'ait les confrontés sur le fait qu\'en fait, tu n\'es plus pasteur pour notre confession, puisque tu es allé rejoindre d\'autres rangs qui professent vraiment tout à fait autre chose, en fait. Ils s\'appellent luthériens, mais c\'est tout, quoi.
 
Les textes symboliques luthérien
 
[Joan] Est-ce que toi, tu connais cette notion de texte symbolique luthérien ?
 
[Stéphane] Non. Ce n\'est pas quelque chose dont on doit beaucoup parler dans l\'Église Unie. Si on en a parlé, j\'ai manqué le cours.
 
[Joan] Alors par exemple, comme texte symbolique mais qui est œcuménique, il y a le symbole des apôtres, ça tu checks, ça tu connais.
Après il y a le symbole de Nice et Constantinople. On en a beaucoup parlé, il y avait, c\'était combien, je sais plus, le combien d\'anniversaire, c\'était... 1700.
Puis il y a un truc qui s\'appelle le symbole d\'Athanase, c\'est Trinité et Christ.
Et puis après, il y a des textes spécifiquement luthériens. Il y en a, je suis sûre que tu connais parce qu\'il y a tout plein d\'Églises qui s\'appellent comme ça en Amérique du Nord, la confession d\'Augsbourg.
Puis il y a un truc, c\'est l\'Apologie de la confession d\'Augsbourg. Ça, c\'est pour approfondir.
Et puis après, il y a un truc que j\'aime bien, c\'est les articles de Smallkald. C\'est en Allemagne. C\'est Luther qui est allé quelque part et qui s\'est dit, tiens, je vais écrire des trucs pour aider un peu les gens à comprendre comment c\'est. Mais c\'est polémique.
Puis après, c\'est quand même assez connu, le Petit et Grand catéchisme. Chez les luthériens, on utilisait ça jusqu\'au début du XXe siècle pour faire le catéchisme. Un genre de question-réponse un petit peu comme le Seder de Pessah.
Et puis enfin, le dernier, c\'est la formule de Concorde qui est de 1577. C\'est intéressant parce que c\'est un texte de clarification doctrinale pour résoudre des conflits internes au luthéranisme.
C\'est très intéressant de se dire que très tôt, les luthériens ont compris qu\'il y aurait une diversité. Et qui dit diversité, dit qu\'il faut des textes pour avancer là-dessus, pour y réfléchir. Et c\'est un petit peu ça qui me désole, moi, sur la question des dogmes. C\'est que, quand on arrive sur le terrain des dogmes, souvent, c\'est des gens qui sont attachés à ces dogmes, mais qui ne les ont pas réfléchis.
Alors que ce qui est intéressant avec les dogmes, c\'est qu\'ils soient divers, pluriels, et qu\'on puisse rentrer dans des disputations, dans des débats. Et c\'est un peu le truc qui manque, tu ne trouves pas?
 
Des dogmes différents d’une Église à l’autre
 
[Stéphane] Oui, parce que j\'ai l\'impression qu\'on se réfugie dans quelque chose de facile. Par exemple, l\'une des confessions de foi de l\'Église Unie, elle est sous la forme d\'une confession de foi comme les Actes des apôtres, et c\'est perçu comme « ça c\'est notre truc ». Au point où J\'ai fait un baptême un jour. Le couple, un était catholique, l\'autre était protestant. Les deux familles n\'étaient pas là. Je me suis dit, tiens, je vais utiliser le symbole des apôtres.
Et là, les gens ont commencé à dire, mais qu\'est-ce que c\'est, ce truc-là? Est-ce que c\'est acceptable pour nous? J’ai dit c\'est quand même à la base du christianisme. Parce qu\'il y a certains textes, oui, je peux comprendre, c\'est un peu plus théologique. Mais ça, c\'est vraiment la base.
On dirait dans l\'Église Unie, Il y a cette idée qu\'on est une Église sans dogme. On essaie de se dissocier des autres Églises. Les autres Églises ont des dogmes et nous, on n\'en a pas. Ce qui est complètement faux, il y a des dogmes, mais ce n\'est pas les mêmes, ce n\'est pas aux mêmes endroits.
Par exemple, un dogme dans l\'Église Unie du Canada, c\'est le langage inclusif. On ne peut pas déroger vraiment de ça. On ne peut pas commencer une prière par Dieu, Père, Créateur Tout-Puissant si on ne met pas quelque chose de plus féminin. Il faut que ce soit une image de Dieu plus neutre ou il faut que ce soit balancé des choses comme ça. Il faut faire ça. C\'est une vérité fondamentale incontestable dans notre Église.
Un peu comme tu disais, on accepte une série de choses, mais on ne le travaille pas. On ne réfléchit pas trois secondes pour dire « oui, mais pourquoi c\'est comme ça justement? Pourquoi on répète ça? Pourquoi c\'est A et non pas B? » Il manque ce côté-là souvent de potasser ça un peu.
 
Ce qui définit un dogme
 
J\'aime bien cette réflexion qu\'on est en train d\'avoir de qu\'est-ce qui passe de coutume à dogme. Comment est-ce qu\'on passe de l\'un à l\'autre?
Alors, c\'est vrai qu\'il y a des exemples super positifs, comme la confession de foi de Barmen de Bonhoeffer, une belle confession de foi écrite pendant la Deuxième Guerre mondiale qui visait à destituer Hitler. Donc tout ça, c\'est très intéressant.
Et puis, ce texte est devenu confession de foi parce que tout le monde est assez fier de se dire qu\'il y a eu un pasteur luthérien qui a su dire non et qui, en plus, a essayé de s\'engager physiquement, puis qui est mort dans les camps. C\'est quand même touchant.
Tu te dis, là, je comprends pourquoi ça a pris un statut un peu de dogme. Il y a toute une histoire derrière.  Et puis, il y a d\'autres fois où on ne comprend pas très bien.
Alors moi, j\'aime bien encore cette histoire de langage inclusif. Certains apparats dans les Églises, les fleurs qui sont là, la croix qui est là ou pas de croix.
Dans mon église à Zurich, c\'est vrai qu\'il y avait une croix tellement discrète que personne ne la voyait. C\'est vrai, elle était en bois et elle était posée sur du bois et en fait, moi, je ne la voyais pas. Mais pour eux, ça jouait bien parce qu\'ils ne voulaient pas que la croix soit trop visible. Alors pourquoi? Comment? En trois ans, je n\'ai pas eu le temps de creuser.
Ça me rappelle aussi ces bibles qu\'on met partout. Alors, je sais que pour les Nord-Américains, ça vous crucifie quand vous venez dans nos églises et vous voyez des belles bibles de Gutenberg, des fois écrites à la main en allemand gothique ou quoi, posé comme ça sur l\'hôtel ou la table de communion, chacun comprendra, pas entretenue, en train de moisir, avec des toiles d\'araignées.
Je sais qu\'un jour, c\'était marrant parce que c\'était un Mennonite nord-américain qui était passé dans notre première paroisse au temple de Sainte-Marie-aux-Mines, où il y a souvent du passage d\'anabaptistes parce qu\'ils ont vécu là il y a 500 ans. Moi, j\'étais là, je me suis portée volontaire pour leur montrer le temple, parce qu\'Amaury était pris par un service funèbre.
Le type m\'a engueulé comme du poisson pourri, et il était nord-américain, parce qu\'on ne prenait pas soin de notre vieille Bible qui datait de Gutenberg ou je ne sais pas quand. Mais là, c\'est vrai, pourquoi est-ce qu\'on doit mettre ces Bibles-là comme ça? Qu\'est-ce que ça veut dire, quoi?
Et c\'est vrai que c\'est intéressant, parce qu\'il y a un petit peu cette notion au niveau des dogmes, Cette tension entre dogme et Bible, il y a le norma normata, les normes normées, donc là c\'est quand on décide que quelque chose est une norme, ça c\'est une norma normata, alors que l\'écriture c\'est norma normans, c\'est la norme qui norme. Il y a quelque chose d\'objectif. Il y a la Bible, alors ça donne une orientation.
Et souvent, c\'est dans les grandes discussions que j\'ai eues sur les questions queer, LGBT, féminisme, en face de moi, j\'avais des gens que j\'admirais beaucoup, leur connaissance biblique, leur attachement au Seigneur, mais qui avaient fait de la Bible un dogme.
Et ça c\'est dingue un peu, alors on comprend après pourquoi est-ce que d\'un seul coup la Bible physique devient un lieu de tension. C\'est parce que quand dans la tête la Bible est devenue un ensemble de dogmes, tout se cristallise et tout se hérisse pour la foi de ces personnes.
 
La difficulté du dialogue inter-Église
 
[Stéphane] C\'est vrai que c\'est très déstabilisant lorsqu\'on parle à partir d\'une culture à une autre, lorsqu\'on passe d\'une approche théologique à une autre. J\'ai vécu ça récemment lorsque j\'ai eu une conversation avec ta fille parce qu\'on vient avec son bagage, on vient avec ses certitudes et on a de la difficulté à voir le point de vue de l\'autre parfois.
Si moi, c\'est très important la Bible, puis je vois quelqu\'un qui, bon, ouais, c\'est bien la Bible, mais bon... Ça me provoque. Si, par exemple, les grands principes des Premiers Conseils écuméniques sur Trinité, est-ce que l\'Esprit procède par le Père ou par le Père et le Fils, c\'est très important pour moi, puis je rencontre des chrétiens qui n\'en ont pas grand-chose à cirer, c\'est sûr que c\'est très provoquant pour moi.
Et ça, je l\'ai remarqué dans les défis d\'avoir des groupes de travail, des groupes de dialogue inter-Église. Par exemple, on va avoir un groupe de travail avec l\'Église Unie, l\'Église catholique romaine ou l\'Église anglican. On va se poser des questions à partir de nos points de vue. Par exemple, qu\'est-ce qu\'est le minimum pour être considéré un chrétien pour l\'Église Unie du Canada?
Mais nous, on ne pense pas de cette manière-là. C\'est difficile de trouver cette réponse parce que l\'Église Unie du Canada est davantage basée sur l\'idée d\'éthos, sur les principes qui guident le croyant, la croyante. Un des textes qui revient dans l\'Église Unie du Canada, c\'est Miché 6, verset 8.
« Qu\'est-ce que l\'Éternel demande de toi? C\'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
Pour plusieurs, c\'est ça d\'être croyant, c\'est ça d\'être chrétien. Peu importe, tu sois baptisé, tu ne sois pas baptisé. Mais c\'est sûr que pour un autre groupe, c\'est confrontant. Ça ne fonctionne pas. Comment pouvez-vous fonctionner là-dedans? Nous, on fonctionne bien et nous, on vous regarde, l\'autre groupe, et on ne comprend pas trop.
Donc, c\'est cette tension-là qui est souvent difficile et qu\'il faut apprendre, à mon avis si on veut vraiment avoir des dialogues inter-Église, d\'accepter le point de vue de l\'autre et de se décentrer un peu lorsqu\'on arrive sur les questions dogmes.
 
La difficulté de changer de point de vue
 
[Joan] Écoute, c\'est clair que dès qu\'on parle avec des personnes d\'autres confessions, d\'autres Églises, il y a des fois, d\'un seul coup, des espaces dans lesquels on se sent hyper à l\'aise ensemble, et ça peut être surprenant, et d\'autres où on se demande des fois seulement notre for intérieur, mais on se dit mais il ou elle est vraiment chrétien, chrétienne? Attends, c\'est quoi ça?
Et c\'est vrai que je m\'en suis rendue compte de façon assez marquante lors de ces longues années un peu de combat pour changer la définition du couple dans les confessions chrétiennes. J\'ai vu qu\'à l\'intérieur de ma propre famille confessionnelle, donc surtout le luthéranisme, mais aussi du côté des réformés que j\'ai rejoints entre temps ici en Suisse,
Je me suis rendu compte que c\'était difficile de faire changer ce paradigme de qu\'est-ce qu\'un couple chrétien, parce qu\'un couple chrétien, c\'est un homme, une femme. Et souvent, avec une hypothèse un peu bourgeoise, c\'est-à-dire un homme, une femme, ils vont avoir un enfant, un chien, certains diraient une bonne en tout cas, un pavillon, une petite maison, une voiture, voilà.
Il y a toute une construction. Mais qu\'il y ait une construction anthropologique ou sociologique, ce n\'est pas une construction biblique. Et c\'est souvent là que c\'est intéressant de reprendre la Bible dans ces groupes. Et c\'est délicat et c\'est complexe parce qu\'en plus, on est progressiste et on ne voudrait pas asséner des vérités bibliques aux autres.
Mais sur les questions de couple, souvent, on est un peu obligé d\'être dans une perspective un peu apologétique, ce qui est quand même le comble pour des progressistes que d\'être dans l\'apologétique.
Tout ça, ça crée un peu des dialogues croisés, ça crée des moments de tension, c\'est vrai, mais aussi de prendre au sérieux la façon dont on lit la Bible, la façon dont l\'autre la comprend.
Et moi, je me suis beaucoup apaisée sur ces questions-là ces derniers temps, notamment parce que les droits des minorités ont quand même bien augmenté en 15 ans, ce qui est apaisant, même si on sait que ça peut redescendre rapidement.
Et je comprends aussi qu\'après des années et des années où tu as considéré les choses d\'une certaine façon, ça peut vraiment te déstabiliser, te perturber de les voir d\'une autre façon, simplement.
Une fois de plus, je me répète là, je fais un peu ma pasteur lutérienne, l\'écriture est norma normans, c\'est la norme qui norme. Tout le reste, c\'est le norma normata, c\'est des normes normées, c\'est nous qui les normons. Et donc il faut toujours être au clair là-dessus, même d\'ailleurs, comme tu dis, sur l\'Église inclusive, qui est-ce qu\'on bénit comme couple à l\'Église?
C\'est des décisions qu\'on prend, nous, parce que la Bible, bien que ce soit une parole éternelle et qu\'on arrivera toujours à puiser des trésors là-dedans, la Bible ne nous donne pas des réponses à tout. C\'est l\'intelligence collective, communautaire de toute l\'Église, avec les nouveaux d\'ailleurs, avec les nouveaux aussi, qui vont nous apporter des nouvelles choses, qui vont nous déstabiliser. C\'est comme ça qu\'on avance.
 
Les facteurs qui influencent la création de dogmes
 
[Stéphane] Et il ne faut pas sous-estimer aussi les facteurs extérieurs. Je me souviens, j\'avais une conversation avec d\'autres pasteurs sur la Réforme, et j\'ai amené l\'argument que la Réforme a lieu dans un contexte sociopolitique, et que dans un autre contexte, peut-être Luther n\'aurait pas réussi à imposer son point de vue, comme probablement plein d\'autres qui ont essayé d\'avoir une pensée divergente à cette époque et ça n\'a pas fonctionné.
La personne n\'a pas voulu accepter ça, de dire non, non, non, c\'est la qualité des propos de Luther. Oui, oui, oui, la qualité des propos de Luther, de Calvin, de Zwingli, et ainsi de suite. Il y a eu aussi des choix politiques et je pense qu\'il faut être conscient de ça aussi.
Ça ne veut pas dire qu\'on rejette tout, mais ces dogmes, ces normes, ces confessions de foi sont issues de certains contextes et c\'est important de se souvenir de ça. Je pense que de balayer ça du revers de la main, limite un peu la compréhension et limite aussi la façon qu\'on peut l\'utiliser aujourd\'hui.
On peut prendre un texte qui date du 5e siècle de notre ère et dire, OK, les gens comprenaient le monde de cette façon-là. Qu\'est-ce qu\'ils voulaient dire? S\'ils vivaient aujourd\'hui, quels mots qu\'ils utiliseraient? Est-ce qu\'ils utiliseraient les mêmes mots, des mots différents?
Là, on commence justement, comme tu disais plus tôt, à jouer avec les idées, à réfléchir par soi-même, à essayer de trouver une réponse contemporaine, parce que c\'est sûr qu\'au 5e siècle de notre ère, on ne pouvait pas imaginer ce que serait la vie au 21e siècle, c\'est normal.
Cet exercice de réflexion ne nie pas le texte historique ou le dogme historique, mais qui essaie de l\'amener quelque chose qui est utilisable aujourd\'hui pour les croyants et les croyantes.
Pour qui sont écrits les dogmes?
 
[Joan] J\'aime beaucoup que tu parles de langage contemporain, parce que c\'est aussi ça, notre difficulté finalement, avec les textes symboliques auxquels moi je suis assez attachée. Je les ai étudiés pour ma thèse et j\'ai trouvé que c\'était intéressant de s\'y confronter, mais c\'est tellement éloigné de notre langage contemporain.
L\'autre fois, je faisais une petite vidéo pour faire rigoler les gens qui me suivent sur Instagram, et mon mari m\'a dit « elle est trop longue ». Et ça m\'a fait marrer, je me suis dit « mais tu vois, notre niveau d\'attention, il est tellement différent ».
Et encore, ces textes symboliques, ils étaient écrits pour qui et par qui? Pour quel pourcentage de la population ? De toute façon, ils n\'ont jamais été pensés pour l\'ensemble de la population, mais pour quelques doctes personnes qui, ensuite, avaient cette tâche cruciale de rendre ce langage compréhensible pour l\'ensemble de la population, un alphabète, etc. Et ça a passé par les vitraux, ça a passé par des exhortations, par des saynètes.
En fait, on a toujours médiatisé nos dogmes, on a toujours médiatisé nos confessions de foi, on s\'est toujours donné de la peine. Et donc c\'est dans cet élan-là que c\'est important de continuer. Et comme tu dis, dans un élan aussi d\'échange, de communication et de renouvellement.
Pendant les vacances, j\'ai encore relu des écrits écoféministes et c\'est marrant parce que Rosemary Risser, qui est quand même un peu notre mère de l\'écoféminisme, elle nous dit, il y a dans un texte qui a 25 ou 30 ans, de toute façon, il faut absolument changer toute notre communication et notre façon d\'expliquer la théologie. Eh bien, on y est. On essaye de le faire par petits bouts dans notre podcast.
 
Conclusion
 
[Joan] Moi, je serais intéressée d\'avoir des retours de nos auditeurs-auditrices sur quels sont les dogmes pour vous? Est-ce que c\'est très important ? Est-ce que ce dont on a parlé, vous en aviez déjà entendu parler avant, à l\'Église, pendant une prédication? Est-ce que c\'est des choses toutes nouvelles ? Est-ce que c\'est des terrains qui vous intéressent?
[Stéphane] Merci, Joan, pour cette conversation. Si vous avez des commentaires, si vous avez des suggestions, si vous avez des gens à nous recommander, des lectures à nous recommander, on est toujours preneurs, preneuses : [email protected].
Merci à l’Église Unie du Canada du Canada, notre commanditaire. Merci à Réforme qui relaie notre podcast. On vous rappelle qu\'on a un groupe WhatsApp. Les invitations, les liens sont dans les informations de cet épisode.  Au revoir.