SéQCure - Les initiatives du gouvernement du Québec en cybersécurité (Yvan Fournier) - Parce que... c'est l'épisode 0x701!
Parce que… c’est l’épisode 0x701!
Shameless plug
25 et 26 février 2026 - SéQCure 2026
CfP
31 mars au 2 avril 2026 - Forum INCYBER - Europe 2026
14 au 17 avril 2026 - Botconf 2026
28 et 29 avril 2026 - Cybereco Cyberconférence 2026
9 au 17 mai 2026 - NorthSec 2026
3 au 5 juin 2026 - SSTIC 2026
19 septembre 2026 - Bsides Montréal
Description
Les initiatives du gouvernement du Québec en cybersécurité
Dans cet épisode du podcast, je reçois Yvan Fournier, chef gouvernemental de la sécurité de l’information du gouvernement du Québec, qui occupe le poste de sous-ministre adjoint. Cette conversation révèle l’ampleur des transformations en cours au sein de l’appareil gouvernemental québécois en matière de cybersécurité.
Un parcours technique impressionnant
Yvan Fournier possède un parcours professionnel remarquable de 29 ans dans le réseau de la santé, où il a occupé pratiquement tous les postes possibles, du technicien jusqu’au directeur général de la cybersécurité. Son expertise technique est considérable : il détient 22 certifications en cybersécurité, a été le premier instructeur Novell francophone, et a même participé à des concours de hacking aux États-Unis. Cette solide expérience technique lui permet aujourd’hui d’apporter une vision pragmatique et éclairée à son rôle stratégique.
Les 15 mesures obligatoires : une base solide
En 2019, en collaboration avec des champions du réseau gouvernemental, l’équipe d’Yvan Fournier a établi 15 mesures obligatoires de cybersécurité, inspirées du référentiel NIST. Ces mesures incluent des éléments fondamentaux comme l’authentification multifacteur, l’application des correctifs de sécurité, et l’utilisation de systèmes d’exploitation encore supportés par les fabricants. Ces mesures constituent le socle sur lequel repose aujourd’hui la stratégie de cybersécurité gouvernementale, visant à protéger les données des citoyens et assurer la continuité des services publics.
Une surveillance centralisée 24/7/365
L’un des projets phares actuels est la mise en place d’un service de surveillance centralisé fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par année, basé sur l’intelligence artificielle. Historiquement, chaque organisme public devait assurer sa propre surveillance, ce qui créait des disparités importantes selon les ressources disponibles. Les petits organismes ne pouvaient pas se permettre d’avoir du personnel de garde en permanence.
Le nouveau système centralise les données provenant de multiples sources : les EDR (antivirus avancés), les balayages de vulnérabilités externes et internes, les PDNS (pour surveiller les employés en télétravail), et les vérifications des Active Directory. Toutes ces informations convergent vers des SIEM et SOAR locaux, basés sur l’IA, permettant une vue d’ensemble complète de l’état de sécurité du gouvernement. Le gouvernement collabore également avec des firmes privées pour assurer cette surveillance continue. Fait intéressant, le coût de ce service est environ deux fois moins élevé que ce que paient certaines organisations privées, tout en offrant un niveau de service supérieur.
Le regroupement RHI : une révolution organisationnelle
Un changement majeur qui n’a pas reçu l’attention médiatique qu’il mérite est le regroupement RHI, qui intègre la cybersécurité de 52 organismes publics (ministères et organismes) directement au sein du MCN (Ministère de la Cybersécurité et du Numérique). Cette centralisation, qui prendra effet à partir du 1er avril, permettra d’harmoniser les choix technologiques et stratégiques dans tout l’appareil gouvernemental. Comme le souligne Fournier, ce n’est pas parce qu’un organisme est petit qu’il doit avoir une sécurité moins robuste, car tous les systèmes sont interconnectés et une vulnérabilité dans un petit organisme peut compromettre l’ensemble.
L’automatisation et la réactivité
L’un des enjeux majeurs identifiés par Fournier est la vitesse à laquelle les attaques se produisent désormais. Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, le nombre d’attaques a augmenté drastiquement, et le temps entre la découverte d’une vulnérabilité zero-day et son exploitation est passé de plusieurs jours ou semaines à environ quatre heures. Cette réalité impose une automatisation des réponses.
Le nouveau système permettra non seulement de détecter les menaces en temps réel, mais aussi d’automatiser les réactions : bloquer automatiquement les serveurs compromis, déployer centralement les indicateurs de compromission (IOC) sur tous les pare-feu du gouvernement, et même arrêter préventivement les services à risque. L’exemple de la vulnérabilité SharePoint illustre bien cette capacité : le Québec a agi rapidement en fermant les systèmes vulnérables, alors qu’une autre province a subi le piratage de 900 serveurs SharePoint.
Reconnaissance internationale et création de CVE
Un accomplissement remarquable est que le Québec (et non le Canada) fait maintenant partie des 20 organisations mondiales autorisées à créer des CVE (Common Vulnerabilities and Exposures), aux côtés du Luxembourg. Cette reconnaissance témoigne de l’excellence des équipes de pentesting québécoises, qui découvrent régulièrement des vulnérabilités, parfois avec l’aide de pentesteurs virtuels basés sur l’IA.
Le balayage de vulnérabilités : externe et interne
Le balayage externe des vulnérabilités, déployé massivement pendant le confinement, permet déjà une visibilité complète sur la surface d’attaque visible depuis Internet. Le balayage interne, actuellement en cours de déploiement, apportera une dimension supplémentaire cruciale. Au-delà de l’identification des vulnérabilités, ces outils permettront de créer un inventaire automatisé et centralisé de tous les équipements, logiciels, et même des microcodes des contrôleurs de stockage et des BIOS.
Cet inventaire facilitera grandement la gestion des risques : lorsqu’une nouvelle vulnérabilité est annoncée, il sera possible de cibler immédiatement les organismes concernés plutôt que d’alerter tout le monde. De plus, cet inventaire donnera une vision claire de la dette technique et permettra de prioriser les investissements en fonction des risques réels.
Le défi des objets connectés
Fournier identifie les objets connectés (IoT) comme un défi majeur pour l’avenir. Ces dispositifs, de plus en plus présents dans l’environnement gouvernemental (santé, transport, construction), posent des problèmes de sécurité particuliers. La majorité des microcodes sont produits par cinq grandes compagnies chinoises, et ces objets peuvent contenir des fonctionnalités insoupçonnées, comme la reconnaissance faciale dans un drone à 40 dollars. L’exemple du thermomètre d’aquarium ayant servi de point d’entrée pour paralyser un casino pendant 24 heures illustre les risques associés. Pour Fournier, avoir un inventaire complet des objets connectés dans l’appareil gouvernemental représente le “Saint Graal” de la cybersécurité.
Le projet de loi 82 et les infrastructures critiques
Le projet de loi 82 confère pour la première fois au gouvernement du Québec une responsabilité dans la sécurité des infrastructures critiques de la société civile. Cela inclut l’eau, l’électricité, et d’autres services essentiels. Le gouvernement commence déjà à travailler avec certaines municipalités qui manifestent un vif intérêt pour cette collaboration, particulièrement importante considérant la vulnérabilité des systèmes de gestion de l’eau.
Conclusion
Les initiatives présentées par Yvan Fournier démontrent que le gouvernement du Québec prend la cybersécurité au sérieux et investit massivement dans la protection de ses systèmes et des données des citoyens. La centralisation des ressources, l’automatisation des réponses, la surveillance continue, et l’adoption de technologies basées sur l’IA positionnent le Québec comme un leader en matière de cybersécurité gouvernementale. Ces efforts et combinés à l’ouverture au code source, tracent la voie vers un avenir numérique plus sûr pour tous les Québécois.
Collaborateurs
Nicolas-Loïc Fortin
Yvan Fournier
Crédits
Montage par Intrasecure inc
Locaux virtuels par Riverside.fm
Shameless plug
25 et 26 février 2026 - SéQCure 2026
CfP
31 mars au 2 avril 2026 - Forum INCYBER - Europe 2026
14 au 17 avril 2026 - Botconf 2026
28 et 29 avril 2026 - Cybereco Cyberconférence 2026
9 au 17 mai 2026 - NorthSec 2026
3 au 5 juin 2026 - SSTIC 2026
19 septembre 2026 - Bsides Montréal
Description
Les initiatives du gouvernement du Québec en cybersécurité
Dans cet épisode du podcast, je reçois Yvan Fournier, chef gouvernemental de la sécurité de l’information du gouvernement du Québec, qui occupe le poste de sous-ministre adjoint. Cette conversation révèle l’ampleur des transformations en cours au sein de l’appareil gouvernemental québécois en matière de cybersécurité.
Un parcours technique impressionnant
Yvan Fournier possède un parcours professionnel remarquable de 29 ans dans le réseau de la santé, où il a occupé pratiquement tous les postes possibles, du technicien jusqu’au directeur général de la cybersécurité. Son expertise technique est considérable : il détient 22 certifications en cybersécurité, a été le premier instructeur Novell francophone, et a même participé à des concours de hacking aux États-Unis. Cette solide expérience technique lui permet aujourd’hui d’apporter une vision pragmatique et éclairée à son rôle stratégique.
Les 15 mesures obligatoires : une base solide
En 2019, en collaboration avec des champions du réseau gouvernemental, l’équipe d’Yvan Fournier a établi 15 mesures obligatoires de cybersécurité, inspirées du référentiel NIST. Ces mesures incluent des éléments fondamentaux comme l’authentification multifacteur, l’application des correctifs de sécurité, et l’utilisation de systèmes d’exploitation encore supportés par les fabricants. Ces mesures constituent le socle sur lequel repose aujourd’hui la stratégie de cybersécurité gouvernementale, visant à protéger les données des citoyens et assurer la continuité des services publics.
Une surveillance centralisée 24/7/365
L’un des projets phares actuels est la mise en place d’un service de surveillance centralisé fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par année, basé sur l’intelligence artificielle. Historiquement, chaque organisme public devait assurer sa propre surveillance, ce qui créait des disparités importantes selon les ressources disponibles. Les petits organismes ne pouvaient pas se permettre d’avoir du personnel de garde en permanence.
Le nouveau système centralise les données provenant de multiples sources : les EDR (antivirus avancés), les balayages de vulnérabilités externes et internes, les PDNS (pour surveiller les employés en télétravail), et les vérifications des Active Directory. Toutes ces informations convergent vers des SIEM et SOAR locaux, basés sur l’IA, permettant une vue d’ensemble complète de l’état de sécurité du gouvernement. Le gouvernement collabore également avec des firmes privées pour assurer cette surveillance continue. Fait intéressant, le coût de ce service est environ deux fois moins élevé que ce que paient certaines organisations privées, tout en offrant un niveau de service supérieur.
Le regroupement RHI : une révolution organisationnelle
Un changement majeur qui n’a pas reçu l’attention médiatique qu’il mérite est le regroupement RHI, qui intègre la cybersécurité de 52 organismes publics (ministères et organismes) directement au sein du MCN (Ministère de la Cybersécurité et du Numérique). Cette centralisation, qui prendra effet à partir du 1er avril, permettra d’harmoniser les choix technologiques et stratégiques dans tout l’appareil gouvernemental. Comme le souligne Fournier, ce n’est pas parce qu’un organisme est petit qu’il doit avoir une sécurité moins robuste, car tous les systèmes sont interconnectés et une vulnérabilité dans un petit organisme peut compromettre l’ensemble.
L’automatisation et la réactivité
L’un des enjeux majeurs identifiés par Fournier est la vitesse à laquelle les attaques se produisent désormais. Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, le nombre d’attaques a augmenté drastiquement, et le temps entre la découverte d’une vulnérabilité zero-day et son exploitation est passé de plusieurs jours ou semaines à environ quatre heures. Cette réalité impose une automatisation des réponses.
Le nouveau système permettra non seulement de détecter les menaces en temps réel, mais aussi d’automatiser les réactions : bloquer automatiquement les serveurs compromis, déployer centralement les indicateurs de compromission (IOC) sur tous les pare-feu du gouvernement, et même arrêter préventivement les services à risque. L’exemple de la vulnérabilité SharePoint illustre bien cette capacité : le Québec a agi rapidement en fermant les systèmes vulnérables, alors qu’une autre province a subi le piratage de 900 serveurs SharePoint.
Reconnaissance internationale et création de CVE
Un accomplissement remarquable est que le Québec (et non le Canada) fait maintenant partie des 20 organisations mondiales autorisées à créer des CVE (Common Vulnerabilities and Exposures), aux côtés du Luxembourg. Cette reconnaissance témoigne de l’excellence des équipes de pentesting québécoises, qui découvrent régulièrement des vulnérabilités, parfois avec l’aide de pentesteurs virtuels basés sur l’IA.
Le balayage de vulnérabilités : externe et interne
Le balayage externe des vulnérabilités, déployé massivement pendant le confinement, permet déjà une visibilité complète sur la surface d’attaque visible depuis Internet. Le balayage interne, actuellement en cours de déploiement, apportera une dimension supplémentaire cruciale. Au-delà de l’identification des vulnérabilités, ces outils permettront de créer un inventaire automatisé et centralisé de tous les équipements, logiciels, et même des microcodes des contrôleurs de stockage et des BIOS.
Cet inventaire facilitera grandement la gestion des risques : lorsqu’une nouvelle vulnérabilité est annoncée, il sera possible de cibler immédiatement les organismes concernés plutôt que d’alerter tout le monde. De plus, cet inventaire donnera une vision claire de la dette technique et permettra de prioriser les investissements en fonction des risques réels.
Le défi des objets connectés
Fournier identifie les objets connectés (IoT) comme un défi majeur pour l’avenir. Ces dispositifs, de plus en plus présents dans l’environnement gouvernemental (santé, transport, construction), posent des problèmes de sécurité particuliers. La majorité des microcodes sont produits par cinq grandes compagnies chinoises, et ces objets peuvent contenir des fonctionnalités insoupçonnées, comme la reconnaissance faciale dans un drone à 40 dollars. L’exemple du thermomètre d’aquarium ayant servi de point d’entrée pour paralyser un casino pendant 24 heures illustre les risques associés. Pour Fournier, avoir un inventaire complet des objets connectés dans l’appareil gouvernemental représente le “Saint Graal” de la cybersécurité.
Le projet de loi 82 et les infrastructures critiques
Le projet de loi 82 confère pour la première fois au gouvernement du Québec une responsabilité dans la sécurité des infrastructures critiques de la société civile. Cela inclut l’eau, l’électricité, et d’autres services essentiels. Le gouvernement commence déjà à travailler avec certaines municipalités qui manifestent un vif intérêt pour cette collaboration, particulièrement importante considérant la vulnérabilité des systèmes de gestion de l’eau.
Conclusion
Les initiatives présentées par Yvan Fournier démontrent que le gouvernement du Québec prend la cybersécurité au sérieux et investit massivement dans la protection de ses systèmes et des données des citoyens. La centralisation des ressources, l’automatisation des réponses, la surveillance continue, et l’adoption de technologies basées sur l’IA positionnent le Québec comme un leader en matière de cybersécurité gouvernementale. Ces efforts et combinés à l’ouverture au code source, tracent la voie vers un avenir numérique plus sûr pour tous les Québécois.
Collaborateurs
Nicolas-Loïc Fortin
Yvan Fournier
Crédits
Montage par Intrasecure inc
Locaux virtuels par Riverside.fm

