Wed 27 Aug 2025
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Dans cette chronique pour NeoQuébec, SALIMATOU ISMAËL TOUNKARA est revenue sur le génocide des Herero et des Nama, survenu en Namibie entre 1904 et 1908, considéré comme le premier génocide du XXe siècle. Après la conférence de Berlin de 1884, qui entérine le partage de l’Afrique entre puissances coloniales, l’Allemagne impose son protectorat sur le Sud-Ouest africain.
Les Herero se soulèvent en janvier 1904, suivis des Nama l’année suivante, pour résister à l’oppression coloniale. La répression, conduite par le général von Trotha, est d’une brutalité extrême : points d’eau empoisonnés, décrets d’extermination, massacres de masse, camps de concentration comme celui de Shark Island, travaux forcés, viols, mutilations et stérilisations.

Le bilan est effroyable : environ 65 % des Herero et 50 % des Nama périssent.
Longtemps niée ou ignorée, cette tragédie n’est reconnue officiellement comme génocide qu’en 1985 dans le rapport Whitaker de l’ONU, puis par l’Allemagne en 2021. Mais la reconnaissance s’accompagne uniquement d’une aide symbolique de 1,1 milliard d’euros versée sur trente ans à l’État namibien, sans indemnisation directe des descendants, ce qui provoque le rejet des communautés Herero et Nama qui exigent d’être pleinement associées et reconnues.
Leur combat illustre les enjeux contemporains liés aux réparations coloniales, qui concernent bien au-delà de la Namibie : les crimes français en Algérie ou au Niger, les exactions britanniques au Kenya, l’exploitation du Congo par la Belgique, ou encore l’esclavage et la ségrégation aux États-Unis.

Salimatou Ismaël Tounkara rappelle que les réparations ne sauraient se limiter à une dimension financière. Elles passent aussi par la mémoire, la reconnaissance officielle, l’enseignement de ces histoires occultées, la restitution d’objets et de restes humains, et le soutien à l’auto-détermination de sociétés profondément désarticulées par le colonialisme. Si l’on ne peut \" réparer l’irréparable \", chaque geste de justice symbolique ou matérielle permet de reconnaître la souffrance infligée et de restaurer une part de dignité.
Le génocide des Herero et des Nama reste encore trop peu connu et enseigné, mais son inscription dans les débats contemporains sur la justice historique, notamment dans le cadre de l’Union africaine qui a fait des réparations son thème central pour 2025, marque une étape essentielle. Plus cette mémoire sera portée dans l’espace public, plus la perspective d’une justice véritable progressera, même si cela prendra des décennies.
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