Thu 5 Feb 2026
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Dans l’émission NeoQuébec (diffusée sur CIBL 101,5 FM), Cyrille Ekwalla reçoit le réalisateur Jean-Claude Barny venu à Montréal présenter son film Fanon, une œuvre dont la sortie a fait beaucoup parler et qui revendique une portée à la fois artistique et politique.
En ouverture, Jean-Claude Barny revient sur son propre itinéraire : autodidacte, issu d’une filiation caribéenne (Guadeloupe et Trinidad), arrivé enfant en France, il dit avoir grandi au contact de caricatures et de préjugés qui passaient largement par la télévision et le cinéma. Cette expérience nourrit, chez lui, une volonté de « reprendre le récit » : fabriquer des images qui réparent, déplacent les regards et donnent une épaisseur humaine à des trajectoires trop souvent réduites à des clichés.
La discussion se déplace ensuite vers le cœur du film et vers un choix d’écriture décisif. Plutôt que de raconter Fanon « du début à la fin », Barny concentre le récit sur une période précise : celle où Fanon exerce comme médecin psychiatre en Algérie, au moment où la colonisation est aussi une guerre des nerfs, des corps et des subjectivités. Le réalisateur assume ce cadrage : Fanon est un penseur complexe, et une fresque biographique risquerait de rester en surface. Il fallait, dit-il, aller au centre de ce que Fanon nous demande d’observer, là où se nouent la violence coloniale, l’aliénation, et la fabrication psychique de l’infériorité.
Le cinéaste insiste sur une intuition \"fanonienne\" qu’il veut rendre sensible à l’écran : l’oppression ne s’exerce pas uniquement sur les mains ou les pieds, elle vise d’abord l’esprit. Elle installe des blessures transmises de génération en génération, et produit des êtres incapables de s’estimer eux-mêmes. D’où l’importance de filmer Fanon dans sa pratique psychiatrique : parce qu’il peut nommer, diagnostiquer et décrire cette capture mentale, et parce qu’il oblige à regarder l’oppresseur lui-même. Pour Jean-Claude Barny, la libération ne se limite pas à l’autonomie politique d’un peuple : si celui qui domine ne comprend pas qu’il a aussi été formé, endoctriné et déformé par le système, la domination peut recommencer « autrement », sous d’autres formes.
La conversation aborde alors le racisme comme construction apprise, inculquée, presque pathologique : on « remplit » l’esprit de représentations toxiques, puis l’individu y croit et reproduit la violence. Fanon, tel que Jean-Claude Barny le met en scène, ouvre une possibilité de désaliénation : on peut déconstruire ce conditionnement, et donc penser le racisme comme une responsabilité politique, institutionnelle et psychique, pas comme une simple opinion individuelle.
Enfin, le réalisateur caribéeen présente le film comme un outil de mémoire active : se souvenir, ce n’est pas se figer, c’est reprendre une histoire confisquée, refuser de vivre « par substitution », et retrouver ses propres archives dans les diasporas.
La conclusion est un appel à l’action : soutenir le film en salle, parce qu’un cinéma comme Fanon ne tient que par le public, et parce qu’il nourrit une lutte qui continue. Jean-Claude Barny interprète les applaudissements comme un signe de reconnaissance collective : le public ne salue pas seulement l’auteur, il s’applaudit lui-même, parce qu’il se sait encore vivant, encore capable de transmettre le relais.

le film prend l\'affiche au Québec le 6 février 2026

(c) CYEK-LE PODCAST (Fev. 2026)

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